Olivier Kaeser © Simon Letellier

Olivier Kaeser

by L'Art à Genève
3 juillet 2018

Historien de l’art, curateur et programmateur. Directeur du Centre culturel suisse à Paris.

Votre rôle dans le monde artistique ?

Curateur dans le champ de l’art contemporain, programmateur dans celui du spectacle vivant, éditeur de livres d’art et de sites web. On pourrait aussi qualifier ces rôles de « passeur créatif », entre les artistes et les publics, entre les disciplines artistiques, entre des contextes culturels.

Quel a été le déclic ?

Plusieurs éléments ont contribué à forger cette passion et ces activités. Citons en trois : la découverte des Hallen für Neue Kunst à Schaffouse avec notre professeur à l’Université de Genève Maurice Besset. Les discussions avec Jean-Christophe Ammann. Les montages d’expos avec de nombreux artistes lorsque j’étais assistant au Centre d’art contemporain à Genève.

Aujourd’hui quelle est votre motivation ?

Elle est énorme et multiple. Réaliser des projets pluridisciplinaires que je n’ai pas pu faire jusqu’ici. Inventer de nouvelles manières de collaborer avec les artistes. Me confronter à des nouveaux contextes.

Votre rapport au marché de l’art ?

Le marché fait partie du monde de l’art. Il en est un des rouages essentiels, même si certains artistes réalisent des parcours très significatifs sans être vraiment dans le marché. J’ai de très bons rapports avec certains galeristes qui se battent pour leur artistes et qui font un travail incroyable entre les artistes, les collectionneurs, les institutions, etc. Mais il m’arrive aussi de visiter des galeries et des foires et de me sentir très loin de ce qui est proposé. Un des gros problèmes avec le marché de l’art, c’est que les ventes faramineuse qui font les gros titres des médias ne concernent qu’une infime minorité d’artistes, mais provoquent d’énormes malentendus sur le rapport entre l’art et l’argent, qui est un domaine qui mérite analyse et attention.

Le courant artistique que vous préfèrez ?

Je ne réfléchis pas en ces termes. Je m’intéresse à des artistes, indépendamment des courants, des styles, des écoles, des mouvances, etc. Je m’intéresse bien sûr à des sujets, des thèmes, des questions, qu’ils soient d’ordre artistique ou autre, ethnologiques, sociologiques, politiques par exemple.

La qualité que vous préfèrez chez un artiste ?

L’engagement, l’intensité, la sincérité, l’intelligence, la connaissance…

Ce que vous redoutez le plus chez un artiste ?

Ma réponse en guise de pas de côté : je suis attristé quand je constate qu’un artiste n’a plus vraiment grand-chose à dire, mais continue une production qui est une sorte de répétition sans grand intérêt.

Quel est le rôle d’un musée d’art contemporain ?

Une plateforme, une interface, une mise en perspective entre une histoire récente qu’il s’agit d’articuler, de rendre intelligible, et une création en train de se faire qui, par essence, est difficile à définir, à « cadrer » dans l’espace protégé qu’est un musée. Le musée d’art contemporain doit faire face à de nombreux défis, la mondialisation de l’art, le pluridisciplinaire, le lien aux technologies numériques, l’accompagnement des publics, etc.

L’œuvre d’art est-elle un objet sacré ?

Qu’entend-on par sacré ? La notion de sacré est-elle liée à celle de croyance ? En cela, je dirai plutôt oui, je crois en l’art, en des œuvres fortes, qui ouvrent des champs du sensible, de l’imaginaire, de la connaissance…  À propos d’un autre sens du mot sacré, c’est-à-dire que l’œuvre devrait être intouchable, alors non. L’œuvre doit être protégée, pour pouvoir être conservée dans de bonnes conditions, mais elle doit être montrée, pour être perçue dans sa matérialité, sa physicalité, son fonctionnement dans l’espace. Bien sûr, il y a tellement de typologies d’œuvres, qu’il y a probablement autant d’acception de la notion de sacré.

Quelle est pour vous la ville la plus artistique ?

Ce serait tellement réducteur de n’en citer qu’une, et aussi de ne se concentrer que sur les villes ! Aujourd’hui, des œuvres ou des projets artistiques de première importance sont visibles dans des contextes tellement différents, dans les grandes capitales culturelles, mais aussi dans des déserts, des montagnes, des campagnes, des forêts, des villages, sur des îles ou dans nos têtes… 

Que seriez-vous sans l’Art ? 

À quand remonte la « naissance » de l’art ? Est-ce qu’on compte en milliers, dizaines de milliers, centaines de milliers d’années ? Comme je suis un peu plus jeune et que je regarde un peu dans quel monde je vis, j’ai eu de nombreuses occasions de rencontrer des exemples de ce qu’on nomme art. Donc je vis pour, par, avec l’art, et je travaille avec les gens qui le pratiquent. 

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