David Hockney

par Didier Rostoucher
11 janvier 2019

Rencontre imprévue avec David Hockney au Centre Pompidou

 

La courte histoire qui suit fut vécue par votre serviteur précisément le 10 octobre 2017.

J’étais au Centre Pompidou (vous savez, ce musée parisien en forme d’usine colorée, pour ceux qui ne suivent pas) et visitais l’extraordinaire rétrospective consacrée au peintre David Hockney, surnommé parfois l’homme aux piscines, tant il en a peint.

Ci-dessous un exemple :

On ne pouvait rater Hockney cette année-là car pour son 80èmeanniversaire, il eut droit, en plus de Pompidou, aux honneurs de la Tate et du Met, excusez du peu !

Je déambulais donc de toile en toile, appréciant son style, me disant qu’il fallait avoir du culot pour refuser l’avant-garde et le conceptuel de notre époque, et oser peindre des toiles intimistes et des paysages.

J’en étais là de mes puissantes réflexions lorsque mon regard fut attiré par un petit bonhomme de dos aux cheveux blanc neige légèrement ébouriffés, vêtu d’un imperméable en plastique jaune avec martingale dans le dos, un peu à la manière d’un trench Burberry, un pantalon de type jean blanc et une paire de Dr Martens ou assimilés aux pieds.

Je trouvais l’ensemble assez original et plutôt bien porté. Il se tenait les mains croisées dans le dos, regardait les détails d’une toile à moins de 30 cm.

Je m’approchais, pour voir son visage et là, stupéfaction ! David Hockney en personne !

Le Maître était là, comme un quidam, en train d’inspecter dans le détail toutes ses toiles, derrière ses épaisses lunettes lourdement cerclées.

Il avait un air de fratrie évident avec Andy Warhol, tellement ils se ressemblaient.

Je l’ai suivi discrètement, l’observant regarder toutes ses toiles toujours à très peu de distance et sur certaines parties précises, un peu à la manière d’un restaurateur qui voudrait examiner les blessures causées par le temps à une peinture.

Il ne s’intéressait principalement qu’aux détails, ne se reculant que très rarement pour avoir une vision d’ensemble.

Mon imagination fut alors prise de fièvre interrogative. A quoi songeait-il ? Pensait-il au lieu où tel ou telle tableau fut peint ? Tel personnage masculin sur la toile lui rappelait-il un amour profond ou du sexe torride ? Ressentait-il des pincements au cœur à la conscience du temps qui passe ? Etait-il tout simplement fier ou satisfait du chemin parcouru et de cet honneur rendu ?

J’essayais de trouver quelques indices en regardant son visage mais rien ne filtrait au travers de son visage impavide.

Il y avait une probabilité quasi-nulle que je fasse une telle rencontre lors de cette exposition et le destin l’avait mis sur ma route. Encore aujourd’hui, quand j’y pense, je suis convaincu que cette rencontre avait un sens herméneutique que je n’ai toujours pas deviné…

A la sortie de l’exposition, il s’est rendu à la bibliothèque, je l’y ai suivi et l’ai abordé. Dans mon meilleur anglais, je lui ai fait part de ma respectueuse admiration et l’ai remercié du bonheur qu’il m’avait donné lors de cette visite. Il a secoué sa main, comme apeuré d’être reconnu, avec un sourire gêné, a voulu s’enfuir. J’ai alors sorti mon iphone, voulant sacrifier au rituel selfie, mais il avait déjà disparu.

Il n’y avait pas d’affectation quelconque dans sa gêne et j’ai interprété cela comme une marque d’humilité. Petit bonhomme par la taille, grand bonhomme par le talent et le savoir vivre. Voilà le souvenir que m’a laissé David Hockney…