Centre d'Art Contemporain Genève, Covid-19, centre confiné

par L'Art à Genève
10 mai 2020

Confinement avec Andrea Bellini, directeur du Centre d'Art Contemporain de Genève. 

Votre passe-temps favori pendant le confinement ?

La lecture, surtout de littérature, et l'écriture, mais pas sur l'art. J'ajouterais la cuisine pour ma famille.

Comment s’organise la vie du musée en ce moment ?

Nous avons transféré notre activité au 5ème étage (www.5e.centre.ch), l'extension virtuelle du Centre d'Art Contemporain Genève. Cet espace virtuel est une plateforme qui s’articule autour : d’une magnifique radio, un espace dédié aux œuvres de jeunes artistes et de jeunes réalisateurs, puis une autre section consacrée à la médiation, avec des visites virtuelles d'expositions, des interviews d'artistes et plus encore. En avril, nous avons eu 11 000 visiteurs uniques pour près de 60 000 pages vues nous avons donc touché un public plus large que celui que nous accueillons habituellement dans notre espace physique.

Votre plat préféré ?

J'aime la nourriture, pas seulement la gastronomie italienne, il m’est donc difficile répondre. Dans ce cas, je préfère laisser parler mes sentiments : je choisis les « cappelletti in brodo » que ma mère avait l'habitude de faire pour les grandes occasions.

Votre série TV ?

Un documentaire, Wild Wild Country

Que va-t-il se passer avec le calendrier des expositions ?

Nous avons reporté toutes les expositions, y compris la Biennale de l'Image en Mouvement, qui ouvrira en janvier 2021.

Giovanni Cioni

Mais honnêtement c'est le moindre des problèmes. Cette crise a détruit des milliers de familles, a profondément affecté la psyché de tou-te-s et a laissé tant de gens sans revenu. C'est ce qui me préoccupe le plus pour l'avenir : la crise économique qui va arriver et qui sera dramatique, pour le monde de l'art et bien au-delà. Cependant, l'humanité a surmonté des épreuves plus difficiles encore que celle-ci. Nous en sortirons à nouveau, tou-te-s un peu différents, je ne sais pas si ce sera mieux ou pire, mais ce sera différent.

Vous rasez-vous tous les jours pendant le confinement ?

Oui, tous les jours. J'ai souvent eu une barbe et une moustache dans le passé. Mais je pensais que lors d'un enfermement, il faut plus de discipline et élaborer un rituel. Je l'ai appris en lisant le journal de l'emprisonnement de Christopher Burney. Un livre que je trouve extraordinaire et avais lu - étrange coïncidence - quelques mois seulement avant l'arrivée de la pandémie. Mon rituel matinal est d’enchaîner la gymnastique, la méditation, la barbe et l'arrosage des plantes sur la terrasse. Ce sont elles qui ont le plus bénéficié de notre isolement, elles n'ont jamais été aussi en forme!

Quelle importance donnez-vous à la communication via les réseaux sociaux ?

Je pense qu'ils sont très importants pour la communication, mais je pense aussi qu'il est important d'apprendre à se tenir à l'écart ! Il y a trop de bruit aujourd'hui, trop de "fausses" informations, trop de désir de se montrer, de se cacher derrière l'anonymat. Voici un bon exercice mental pendant l'enfermement : apprendre à être avec soi-même, éliminer le bruit de fond, peut-être grâce à de bonnes lectures.

Emilie Jouvet, Aria, 2016, production Biennale de l'Im…orain Genève

Votre livre de chevet ?

Maintenant, je lis An Apartment on Uranus, Chronicles od the Crossing, de Paul B. Preciado. C'est un livre très beau et puissant, dans lequel sont expliquées avec une grande passion, une série de choses que malheureusement encore beaucoup de gens ont du mal à comprendre. Paul  (qui s'appelait autrefois Beatriz) parle de sa condition de transsexuel, ou plutôt de dissident au sein du système de genre, et se définit comme une multiplicité de mondes piégés dans un système politique et épistémologique binaire.

Mettrez-vous en ligne une partie de vos collections ?

Le Centre n’a pas de collection. Nous mettons en ligne sur 5e.centre.ch des œuvres de jeunes artistes que nous commandons et produisons. 

Votre coin préféré chez vous ?

Tôt le matin, vers 6 heures, quand je me retrouve sur le canapé avec mes trois petites filles, et que je prends mon premier café de la journée en les câlinant.

Musique ou silence ?

Les deux. Robert Walser écrivait qu'il n'y a pas de musique plus belle que le vent qui souffle à travers les feuilles des arbres. C'est pourquoi, lorsque je marche sur les chemins de ce magnifique pays, je n'ai jamais de casque sur les oreilles. Mais j'aime aussi la musique et danser, jusqu'au matin si possible ! Notre radio du 5ème étage est une mine de chansons extraordinaires. Essayez pour voir !

Faut-il repenser la vie du musée ?

Je pense que nous devrions tout repenser. Non seulement les musées, mais aussi le concept d'identité, de genre, nous devrions repenser le système économique actuel, la relation à nos semblables et notre relation avec la planète et la nature. Je crois profondément qu'il n'y a rien de plus beau que de se réinventer soi-même et de réinventer le monde.

Quels sont les points positifs de ce confinement ?

L'aspect positif (et pour certaines personnes négatif ?) de cet enfermement est qu'il oblige les gens à s'arrêter et à se regarder dans le miroir. Qui sommes-nous ? Que sommes-nous devenus ? Sommes-nous de bons parents ? Sommes-nous de bons enfants ? Sommes-nous de bons amis ?  Sommes-nous de bons amants ? Cet enfermement rappelle à tous que pour être satisfait de soi, il faut être attentif, vigilant. 

Il n'y a pas de maturation, de développement, de changement, s'il n'y a pas d'attention envers soi-même, les autres, les animaux et les plantes.  Il me semble que beaucoup de gens font mille choses parce qu'autrement ils oublieraient qu'ils sont vivants. Être vivant est un don et être vivant exige un engagement, un travail, il demande de l'attention. C'est peut-être l’une des leçons que nous pouvons tirer de cette tragédie.

https://www.artageneve.com/lieu/musees-fondations/centre-dart-contemporain

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