Rasheed Araeen au Mamco – photo Vanna Karamaounas©

Rasheed Araeen, rétrospective au Mamco, Genève

Par Vanna Karamaounas
9 août 2018

Rasheed Araeen, une rétrospective de l'artiste pakistanais au Mamco. 

Rasheed Araeen : L’actuelle exposition du MAMCO présente un artiste de 83 ans. Rasheed Araeen est né en 1935 à Karachi au Pakistan et a une formation d’ingénieur. Sa formation jouera un rôle important dans sa pratique artistique. Artiste engagé dans le post-colonialisme, activiste, écrivain, éditeur et curateur.

Depuis 1964, il vit et travaille à Londres.

Rasheed Araeen, concerné par le racisme se rapproche des Black Panthers en 1972.

En 1978, il crée la revue Black Phoenix, 3 numéros publiés, qui deviendra ensuite Third Text.

Third Text au Mamco Photo Vanna Karamaounas

De 1987 à 2011, il ne travaille plus comme artiste mais défend des artistes d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud. Araeen veut produire une critique de l’art et de l’histoire de l’art. En Europe, il ne trouve rien de qualité sur « l’art d’ailleurs », l’art qui ne soit pas occidental. Il n’existe aucune théorie ni critique sur les artistes issus des minorités. L’artiste d’origine pakistanaise veut apporter de nouvelles connaissances de l’art, les redéfinir et éditera 110 éditions en 24 ans. Les dix premières années 4 parutions sont publiées par an et à partir de la 11ème année 6 publications par an. Aujourd’hui, la revue Third Text existe toujours mais sans lui et a été racheté par un important éditeur.

Il ira en Afrique du Sud, au Sénégal, au Mexique pour trouver des artistes et les révéler dans sa revue : Ernst Mancoba, sud africain, pionnier du mouvement Cobra en 1946 et ignoré de l’histoire de l’art parce qu’il était noir, fera le sujet d’un article dans la revue Third Text. Il sera tout de même exposé à la Tate après 40 ans d’absence. Rasheed Araeen affirme que Mancoba a été victime de racisme et d’eurocentrisme. A cette époque, dit-il, il y avait moins d’artistes, donc on aurait dû forcément les repérer et les montrer. Sans doute le complexe colonial britannique n’a pas été favorable pour révéler les bons artistes de couleur. Autre exemple, Norman Lewis, afro américain, ami de Jackson Pollock, peintre expressionisme abstrait. En 1946, Lewis crée une oeuvre de dripping en même temps que Pollock mais ne sera jamais vraiment reconnu. Aujourd’hui on trouve quelques uns de ses œuvres aux Etats Unis uniquement, au MOMA mais rien en Europe.

En 1965, Rasheed Araeen, crée sa première œuvre minimaliste qui reste inconnue pendant 30 ans. Il souffre du racisme des politiques coloniales anglaises en Inde et au Pakistan. Il confie avec un sourire « Ma carrière commence à Dubai en 2014 à l’âge de 80 ans et est enfin reconnue dans le monde entier ». Son travail fait référence à des événements politiques et sociaux. Rasheed Araeen croit que l’art a la capacité de pouvoir changer le monde. L’idée de peindre ou dessiner des croix sur ses tableaux représente la séparation entre le Tiers–Monde et le monde industrialisé. La croix marque la division entre l’Occident et le reste du monde qui est représenté dans les coins de ses peintures.

Rasheed Araeen  Photo Vanna Karamaounas

Le vert, couleur prédominante dans sa peinture évoque la nature, l’Islam, les drapeaux pakistanais et arabes, les références sont un complexe savant de mélanges entre l’histoire de l’art, les conflits politiques, religieux et sociaux dans le monde.

L’artiste peintre est aussi photographe, sculpteur, performeur, curateur, écrivain.

Sculptures au Mamco  Photo Vanna Karamaounas

La rétrospective au Mamco organisée par Paul Bernard, conservateur au Mamco et Nick Aikens, conservateur du musée d’art moderne et contemporain Van Abbemuseum aux Pays Bas, couvre près de 60 ans de travail, peintures, sculptures, textes et collages.

Nick Aikens devant une oeuvre de Rasheed Araeen  Photo Vanna Karamaounas

Première monographie éditée avec l’œuvre plastique, éditoriale, textuelle et curatoriale de Rasheed Araeen. 

A voir jusqu’au 9 septembre 2018.

www.mamco.ch