EVA & ADELE, Art Basel, 2018. Photo V. Karamaounas

Les Expos de l'été I : EVA & ADELE

par L'Art à Genève
19 juillet 2018

Eva & Adèle prennent un risque à Berlin. Celui de l’amour, fondement de leur œuvre depuis près de trente ans. 

Du kitsch, des cœurs et des sourires comme des slogans. Eva & Adele construisent depuis 1989, année de leur apparition sur la scène médiatique, avec patience et méticulosité, une œuvre d’art total. C’est l’idée que « l’art est dans la vie et la vie est dans l’art ». C’est aussi dans le prolongement du XXe siècle, une évolution qui crée de l’art partout où sa présence est signifiée. Il faudra ainsi aborder l’exposition qui se déroule cet été au « me Collectors Room Berlin », « EVA & ADELE L’AMOUR DU RISQUE ».

La rétrospective couvre les vingt-cinq dernières années. Sont exposés les dessins, peintures, photographies, vidéo, sculpture, et aussi, les costumes et accessoires du couple pour lequel « vie et œuvre ne font qu’un ». Comme le disait explicitement l’exposition de 1999 « Wherever we are is museum », leur présence doit faire œuvre. 

EVA & ADELE, AUTOPOLAROID, 28.08.1992, Berlin, Polaroid, 10,2 x 10,1 cm EVA & ADELE und VG Bild-Kunst, Bonn 2018

Que donne-t-elle à voir ? La représentation d’un couple uni par l’art et l’amour, image patiemment construite et contrôlée. Au-delà, le genre, la représentation des sexes sont interrogés. 

Eva & Adele, couple à la ville comme la scène, créent une mythologie riche de symboles et de références culturelles. Les « jumelles hermaphrodites » telle qu’elles se définissent en référence à la Grèce antique, viennent du futur. Le genre est une construction sociale, l’émancipation est possible, l’art est émancipateur et la communication se veut positive. La critique aussi radicale soit-elle demeure non-violente et joyeuse. 

EVA ADELE L'AMOUR DU RISQUE, Installationsansicht, Installation view, 2018 me Collectors Room Berlin, Photo Bernd Borchardt

Toute deux sont les reines et cheffes d’entreprise, - Eva et Adele est une marque déposée, un logo a été créé -, de leur monde que l’on pourrait croire autarcique. Pour autant, elles s’adressent effectivement à la société et aux citoyens, de tous genres, de tous horizons. On les a vus parcourir toutes les foires et les biennales que compte le monde de l’art contemporain. Dans l’espace public, elles poursuivent continuellement la performance. Elles acceptent les photos comme les insultes et portent la réflexion sur le rôle social de l’artiste dans la société. 

L’exposition berlinoise rend compte de cette démarche, accessible d’emblée, d’un didactisme sensible, intuitif, forte d’un sens du marketing éprouvé conçu pour atteindre le plus grand nombre. Les dessins et peintures aux couleurs vives, les costumes flashy, les vidéos, par exemple Kisses in the Supermarket (New York, 1997), les une des médias sur lesquelles le couple est apparu, les objets et accessoires, tout cela détonne, étonne et finit par transformer les regards. Et toujours, avec le sourire.

 

VA & ADELE, WINGS I Performance Costume, 1992, Vinyl und Stoff. EVA & ADELE und VG Bild-Kunst, Bonn 2018, Photo Hans Schrîder

EVA & ADELE, « L’amour du risque », curatée par Heike Fuhlbrügge, au me Collectors Room, Olbricht Foundation, du mercredi au lundi, de 12h à 18h, jusqu’au 27 août 2018.

Et aussi l’exposition à la 10biennale de Berlin jusqu’au 9 septembre, « We Don't Need Another Hero ».