photo ©VannaKara

Nicole Dufour

par L'Art à Genève
7 septembre 2020

Nicole Dufour, artiste genevoise expose à la Triennale de Bex dans le Valais (CH), la sculpture entressée de la tête aux pieds, Maîtresse, une aiguille dans la main au milieu des tuyas géants du parc Szilassy.

Nicole Dufour est une artiste genevoise née en 1957. Après 3 ans aux Arts décoratifs, elle étudie le chinois à l’Université de Genève avant de commencer un périple de près de 30 ans qui l’amène successivement en Chine, à Hong Kong, Taiwan et Kyoto. Elle installe son atelier en Bourgogne en 2006 et effectue plusieurs résidences hors d’Europe.

Les thèmes principaux de son travail sont l’ambivalence entre aliénation et libération. 

 

Qu’est-ce qui a motivé vos nombreux voyages en Asie ? Qu’avez-vous « trouvé » sur ce continent ? Quelles ont été vos inspirations principales ? 

La fuite pour commencer, combinée à mon attirance pour la Chine (d’alors, il y a 40 ans, bien différente d’aujourd’hui). Deux conditions qui m’ont permis de rester tout ce temps sans me décourager, pas question de rentrer !

Vos œuvres présentent plusieurs supports, photographie, dessin, sculpture sur divers matériaux. 

Quelle est votre réflexion sur le matériau, sur le support ? 

Existe-il un matériau, un support que vous affectionnez particulièrement ? 

Pas vraiment de réflexion sur le support, tout est bon à vrai dire. Je connais bien les papiers chinois, j’aime leur souplesse, leur réactivité. Mais s’il me passe sous le nez un matériau qui me parle, je prends.

J’ai en attente des boules de mes cheveux, qui deviendront une pièce qui aura du sens (du temps où je me teignais à aujourd’hui où ils sont presque tout blancs); j’ai aussi une belle collection de toiles d’araignées qui ressemblent à des taches de Rorschach, un jour elles voudront dire quelque chose.

Vous décrivez votre travail comme la représentation d’une ambivalence. Pourriez-vous nous en dire un peu plus ? 

Comme je ne suis pas une personne super simple, je vois les choses dans leur complexité ; j’ai du mal à les percevoir d’un seul regard, il y a toujours une autre approche possible qui intervient. J’essaie d’exprimer alors plusieurs points de vue, nuances, parfois contradictoires, ambivalents.

Les poupées, les tresses, les aiguilles, les fétiches, autant d’éléments de l’ordre du rite, du sacré se retrouvent dans vos œuvres. 

Que recherchez-vous à travers cette sacralisation ? Est-ce une dimension recherchée ou plutôt oubliée ? Une œuvre d’art est-elle par définition sacrée selon vous ? 

Jocker please ! 

Au-delà du geste du tissage, que représente le « lien » pour vous, procédé prédominant dans votre travail ?

Le fait qu’il y a plusieurs composantes (brins pour une tresse par exemple) dans un objet lui confère une sorte de légitimité, d’évidence, sa raison d’être en quelque sorte.

Le souvenir, la mémoire que représentent-ils dans votre cheminement artistique ?

Sûrement beaucoup, je n’en suis pas toujours consciente ; au moment où je travaille en tout cas, je suis en mode « roue libre », puis vient la lecture de ce que j’ai fait et je m’aperçois que mince, c’est toujours la même chose !! Enfin, pas toujours, ça évolue un petit peu. Mais c’est sûr, mon matériau de base c’est ma vie.

Parlez-nous de votre dernière sculpture Maîtresse, installée en ce moment à la triennale de sculpture de Bex ?

Elle fait suite à Dieu est une couturière, projet au long cours, aiguille de six mètres de haut que j’avais présentée à l’édition précédente, en 2017. Le « long cours » projeté ne s’est pas déroulé comme je le souhaitais, son avancée est stoppée, elle est installée gracieusement au château de Vullierens. Maîtresse reprend alors la poursuite du projet, tant bien que mal, malgré les entraves qui tentent de l’immobiliser.

Dieu est une couturière, Nicole Dufour

J’ai bien conscience qu’elle montre quelqu’un de très empêché, d’entravé, de muet, mais il reste un œil visible (et pas aveugle), et un bras qui brandit l’outil qui répare, qui crée, et qui peut servir accessoirement d’arme de défense (on en revient à l’ambivalence).

Un prochain projet ? 

Je n’en ai pas encore connaissance, mais sûrement plein !

Oeuvre : Maîtresse, résine, corde, coton, acier, peinture,oeil de verre. 180 x 50 x 50 cm

Pratique : Triennale de sculpture contemporaine Bex & Arts 2020 – Parc Szilassy – route du Signal 14-16 – 1880 Bex – jusqu'à fin octobre ouvert tous les jours de 10h à 19h. Entrée payante.