Le MEG restitue des bronzes de Bénin au Nigéria

Vanna Karamaounas
19 mars 2026

Transfert de propriété. Le MEG restitue des bronzes de Bénin au Nigéria en ce début de printemps genevois.

La Ville de Genève a décidé́ de transférer à la République fédérale du Nigeria les droits de propriété́ sur trois biens culturels originaires du royaume de Bénin et actuellement conservés dans les collections du MEG. 

C’est en 2021 que huit musées suisses s’associent, sous l’égide du Musée Rietberg, pour examiner, en coopération avec des partenaires nigérians, l’origine de leurs artefacts provenant du royaume de Bénin. Au total, ces institutions détiennent 96 objets. Les recherches effectuées dans le cadre de ce projet ont permis d’établir que trois des neuf pièces conservées au MEG ont été, de manière certaine ou très probable, acquises à la suite d’un pillage, et peuvent donc faire l’objet d’une restitution.
Le directeur de la NCMM - National Commission for Museums and Monuments, Olugbile HOLLOWAY, se réjouit de cette décision. À la suite de la requête officielle déposée en mai 2025 au nom du gouvernement nigérian et de la cour royale de Bénin ces artefacts trouvent le chemin du retour. Ces objets, chargés d’histoire et de symboles portent une signification culturelle profonde pour les héritiers de la royauté et pour tout un peuple.

C’est en 1897 que les troupes britanniques dévastent la capitale du royaume de Bénin, aujourd’hui au Nigeria, et pillent les temples et les maisons. Ils s’emparent de milliers d’objets porteurs de mémoire : reliefs, visages d’ancêtres, instruments rituels. Ces œuvres — que l’on nomme désormais les « bronzes de Bénin » — sont jetées sur les routes du monde, dispersées par le commerce international de l’art et intégrées aux collections publiques et privées. Le laiton qui les façonna, en partie venu d’Europe, circule lui aussi dans une histoire plus sombre : celle du commerce transatlantique où, en échange de métaux et de marchandises, des vies africaines furent monnayées et déportées vers l’esclavage colonial. Ainsi, ces pièces, au-delà de leur valeur matérielle, sont des témoins silencieux d’une mémoire collective : elles résonnent avec l’âme des ancêtres et incarnent une part essentielle de l’histoire coloniale.

Aken’ni Elao – La défense d’autel en ivoire

Objet sacré du royaume, cette majestueuse défense d’éléphant en ivoire, couverte de reliefs, porte les stigmates de l’incendie qui détruit presque entièrement la cité de Bénin en 1897. Cet objet a été vendu plusieurs fois aux enchères. Neuf mécènes du MEG achètent la défense en ivoire pour la somme coquette de 2'571 francs au dernier propriétaire, le célèbre marchand William Ohly (1883-1995).

Uhunmwu-Ẹkuẹ – Le masque de ceinture porté par les grands initiés du palais royal

Tout comme la défense en ivoire, cet ornement de grande valeur a été mis en vente aux enchères à Londres, à la suite de l’expédition anglaise qui a eu lieu dans la capitale du royaume de Bénin en 1897. C’est en 1932 que le directeur du MEG, Eugène Pittard acquiert la corne d’éléphant appartenant au marchand Hans Himmelheber.

Eroro – Cloche d’autel quadrangulaire présentant une tête de léopard en haut relief

Cette cloche du 18ème siècle avec une tête de léopard vendue aux enchères à Bellevue, avec le mobilier d’une maison qui appartenait autrefois au Baron Maurice de Rotschild, a été acquise par le musée d’Ethnographie en 1958.

Olugbile HOLLOWAY souligne que la restitution n’est pas l’envers de la prédation et que c’est de la responsabilité des gouvernements africains d’éduquer ses peuples pour comprendre l’importance des restitutions.

Joëlle BERTOSSA, Conseillère administrative en charge du Département de la culture et de la transition numérique déclare ainsi qu’« en transférant les droits de propriété́ à la République du Nigéria, la Ville de Genève affirme son engagement en faveur de la réparation mémorielle dans le contexte historique des spoliations coloniales ». 

©Chiara Cosenza

Table ronde le 19 mars 2026 avec Carine Ayélé DURAND - Directrice du MEG depuis le 1er juillet 2022, Floriane Morin - Conservatrice au MEG et responsable des collections d'Afrique, Annette Bhagwati - Directrice du Musée Rietberg de Zürich, Olugbile Holloway - Directeur général de la Commission Nationale des Musées et Monuments du Nigéria. (photo)