
Marcos Navarro à la Chong Gallery
Chong Gallery consacre un solo show à l’artiste basque Marcos Navarro. L’exposition The Others We Become explore dans une série de tableaux atmosphériques les questionnements du peintre sur le rapport à la nature ou l’intelligence artificielle.
Marcos Navarro (1989) revient chez Chong Gallery avec une exposition personnelle intitulée The Others We Become. Artiste espagnol d’origine basque, Navarro développe une pratique picturale exigeante et profondément contemporaine où se croisent des questionnements à la fois philosophiques, perceptifs et conceptuels.
L’exposition réunit une quinzaine de peintures à l’huile, sur toile – grands et moyens formats – ainsi que sur bois pour les petits formats. À travers ses œuvres, l’artiste approfondit son exploration de ce qu’il qualifie lui-même de « peinture atmosphérique », instaurant un dialogue constant entre la matérialité du monde naturel et des images produites par des médiums virtuels.
L’environnement occupe une place centrale dans son travail. Marcos Navarro s’appuie sur des décors vastes et ouverts, découverts au fil de ses voyages notamment en Suisse et en Islande. Ces lieux deviennent les fonds, les scènes silencieuses dans lesquelles ses tableaux prennent place. Reliefs minéraux, masses végétales, ciels lourds… leur densité frappe le regard. Ces espaces semblent suspendus hors de toute narration explicite.


Sur la base de ces décors réels, Navarro introduit une présence résolument contemporaine : l’intelligence artificielle. L’artiste travaille à partir de portraits de personnes qui n’existent pas, générées par des algorithmes selon des prompts qu’il rédige lui-même. Ces visages artificiels sont ensuite intégrés à ses peintures, mais volontairement floutés, comme s’ils refusaient toute identification stable. À travers ce processus, Marcos Navarro questionne la manière dont l’IA peut à son tour définir la beauté, tout en observant un glissement du contrôle : même lorsque l’artiste formule des instructions précises, c’est finalement la machine qui décide de l’image finale.
Le flou devient alors un outil central de sa recherche plastique. Navarro expérimente cette technique complexe, cherchant un équilibre subtil entre effacement et précision. Malgré leurs traits estompés, les expressions des visages conservent une présence troublante. Les figures éthérée apparaissent presque comme effacées, contrastant avec des arrière-plans plus denses et plus ancrés dans la matière picturale. Les paysages réels semblent avoir plus de poids, plus de consistance que les personnages artificiels qui les habitent. Les frontières sont mouvantes au point que l’on peine parfois à distinguer où finit la réalité et où commence la virtualité.

La palette chromatique, plutôt froide, est ponctuée de couleurs vives, parfois acides, presque chimiques, qui viennent trancher avec des nuances plus terreuses, végétales ou minérales. Certaines toiles explorent également des gammes de rouges et de violets, dans lesquelles l’artiste explores de nouvelles harmonies colorées. La touche, tantôt brute, tantôt plus fine, laisse percevoir l’évolution de son style et de sa technique. Les œuvres les plus récentes sont aussi les plus saisissantes, dégageant une dimension presque hypnotique.

Sur le plan technique, les tableaux se construisent par couches très fines, transparentes et extrêmement nombreuses. L’artiste recommence souvent ses toiles lorsqu’il n’est pas satisfait du rendu. Il en résulte un effet à la fois net et diffus, donnant l’impression de regarder quelque chose d’insaisissable, comme perçu du coin de l’œil, mais qui se dérobe dès que l’on tente de le fixer frontalement. Cette tension confère aux œuvres une dimension poétique profondément contemporaine.

Les peintures de Marcos Navarro restent volontairement ouvertes à l’interprétation. Elles n’orientent pas le regard, ne livrent pas de récit imposé. Le spectateur est invité à circuler librement entre les strates de l’image, entre ce qu’il reconnaît et ce qui lui échappe. The Others We Become propose ainsi une réflexion sensible sur notre rapport aux images, à la technologie et à l’identité, dans un monde où les frontières entre le réel et le virtuel deviennent de plus en plus poreuses.
https://www.artageneve.com/lieu/galeries/chong-gallery
L’exposition est à voir jusqu’au 9 avril 2026.



