
Les fleurs ne se taisent pas | Brulhart Gallery
Dans la galerie Bruhlart, les luttes féministes sont au cœur de l’exposition collective Les fleurs ne se taisent pas. Jusqu’au 8 mars, la galerie entend mettre en avant les voix d’artistes plurielles contre les mutilations génitales féminines.
Curatée par Mafoya Glélé Kakaï, créatrice et juriste féministe béninoise engagée de longue date contre les mutilations génitales féminines (MGF), l’exposition Les fleurs ne se taisent pas rassemble plusieurs artistes dont les pratiques, ancrées dans des contextes africains, interrogent la violence faite aux corps des femmes tout en ouvrant des espaces de parole, de mémoire et de réparation.
Résonnant comme une affirmation, presque comme un cri, et mêlant poésie et combat social, le titre est à l’image de l’exposition. Symbole universel, fragile en apparence mais d’une force vitale indéniable, le motif de la fleur traverse l’exposition comme une métaphore du corps féminin : parfois blessé, parfois triomphant, mais toujours vivant.

Une très belle toile de Mafoya Glélé Kakaï incarne cette tension. La palette est vibrante, rougeoyante, traversée d’éclats chauds. Les couleurs des fleurs d’hibiscus, dont les pétales ont été recousus, évoquent à la fois la violence, la sensualité, l’énergie, la puissance et la résilience. Rien ici n’est tiède : les œuvres frappent, enveloppent, dérangent parfois, mais toujours avec une intensité qui refuse le silence.

Car il s’agit bien de cela : refuser la honte et l’invisibilisation. À l’opposé du tabou qui entoure encore les mutilations génitales féminines, la galerie revendique un rôle actif dans le rayonnement de cette lutte. L’exposition s’inscrit dans une ligne d’« action » et d’« intersectionnalité », faisant dialoguer arts visuels, performance et littérature comme autant d’instruments de résistance et de guérison collective. Les fleurs ne décorent pas : elles parlent, elles saignent, elles témoignent.
Certaines œuvres affrontent frontalement la violence. Les travaux d’Owanto, d’Aida Silvestri, et d’Awa Ndiaye mettent en scène des vulves mutilées, les traces des violences ou les voix des victimes. La confrontation est directe, parfois difficile, mais nécessaire.
D’autres artistes, comme Degaffe, Mafoya Glélé Kakaï, Lettres Vagabondes Fatou-Mata ou Maggy Dago, poursuivent cette exploration du corps et de la mémoire par des jeux de texture, de couleur et des symboles, tissant des liens entre douleur intime et transmission collective, voir avec la terre elle-même. Les œuvres deviennent des surfaces de cicatrices, mais aussi des espaces de renaissance.

Dans l’ensemble, Les fleurs ne se taisent pas ne cherche pas l’exhaustivité ni l’effet spectaculaire. Elle propose plutôt un espace de résonance. Un lieu où la beauté et la douleur cohabitent sans s’annuler, où l’esthétique ne masque pas le propos mais le renforce. En choisissant la fleur comme emblème, Mafoya Glélé Kakaï affirme une vision qui conjugue vulnérabilité et puissance : les corps blessés ne sont pas réduits au silence, ils deviennent porteurs d’une parole collective.
À l’heure où les combats pour les droits des femmes restent fragiles et parfois menacés, cette exposition rappelle que la mémoire est un acte politique, que la création peut être un outil d’empouvoirement, et que certaines voix, une fois écloses, ne se taisent plus.

L’exposition est à voir jusqu’au 8 mars 2026, date de la Journée internationale des droits des femmes.


