Claire Tabouret au Grand Palais

Le nouveau souffle de Claire Tabouret au Grand Palais

Nafsika Lamey
9 mars 2026

Dans l'exposition D'un seul souffle, présentée au Grand Palais, Claire Tabouret dévoile les maquettes grandeur nature des futurs vitraux de la Cathédrale de Notre-Dame de Paris.

Dans la galerie 10.2 du Grand Palais, aux faux airs de cathédrale provisoire, les vitraux de Claire Tabouret attendent leur élévation définitive à Notre-Dame de Paris. Suspendus encore au sol, ils semblent déjà traversés d’une lumière intérieure, comme s’ils anticipaient la nef qui les accueillera.

Claire Tabouret au Grand Palais

C’est la première fois que l’artiste s’attèle à une œuvre monumentale de cette ampleur. Et pour la première fois aussi, elle accepte un dialogue aussi frontal avec l’architecture, avec l’histoire, avec un thème imposé : la Pentecôte. Cinquante jours après Pâques, l’Esprit Saint descend sur les apôtres réunis au Cénacle. Moment d’apparition, de partage, de souffle commun. Les six vitraux sont unis par ce même récit biblique, déployé comme une séquence.

Claire Tabouret au Grand Palais

«​ J’ai été saisie par la beauté du thème » , décrivant ce moment comme une harmonie, un instant de paix, de respect, dans la diversité, confiait Claire Tabouret au Grand Palais le 31 décembre 2025. 

Claire Tabouret au Grand Palais

Ce qui la touche n’est pas l’illustration d’un dogme, mais la puissance symbolique d’un groupe traversé par un même souffle.

Claire Tabouret au Grand Palais

À cette contrainte thématique s’ajoute celle, redoutable, de la lumière blanche de Notre-Dame. Ici, aucune couleur ne peut dominer. Pas de tache, pas de hiérarchie chromatique. Claire Tabouret a dû traiter chaque teinte sur un pied d’égalité, composant un équilibre subtil où les couleurs se répondent sans jamais s’imposer. Une démocratie lumineuse.

Elle poursuit dans le verre ce qu’elle cherche depuis toujours en peinture : le mouvement. Le verre, qu’elle qualifie de « vivant », devient ici matière vibrante. Soufflé, irrégulier, il ondule. Les couleurs ne sont pas fixes : elles frémissent selon l’heure, selon l’intensité du jour. Le vitrail cesse d’être image pour devenir phénomène.

Chaque panneau est unique. L’artiste a choisi le monotype, technique qu’elle explore depuis de nombreuses années, acceptant l’irréversibilité du geste. Rien ne se répète exactement. Les six baies s’articulent comme les chapitres d’un récit, chacune composée d’une cinquantaine de pièces assemblées en compositions monumentales. On perçoit encore, dans la galerie, le travail en cours chez le maître verrier Simon-Marq à Reims — maison fondée en 1640, qui œuvra notamment sur les vitraux de Marc Chagall. La tradition n’est pas rompue ; elle est prolongée.

Car le projet n’a pas échappé à la polémique. Entre défenseurs d’une fidélité stricte à l’héritage de Viollet-le-Duc et partisans d’un dialogue contemporain, le débat révèle une tension ancienne - que peut l’art d’aujourd’hui dans un lieu chargé d’histoire qui plus est, sacrée ? 

Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’un artiste moderne s’empare d’un espace ecclésial. Matisse, avec la chapelle du Rosaire à Vence, avait déjà déplacé les lignes, introduisant une radicalité lumineuse au cœur de la tradition.

Claire Tabouret au Grand Palais

Claire Tabouret au Grand Palais

Pratique :  

Claire Tabouret D'un seul souffle​ - à voir jusqu'au 29 mars 2026

Grand Palais Paris – 1 avenue Winston Churchill - 75008 Paris

Ouvert  : du mardi au dimanche de 10h à 19h30  –  Nocturne le vendredi jusqu’à 22h