
CHONG - Elise van den Brand
CHONG Gallery consacre un solo show à l’artiste Elise van den Brand. L’exposition L’Objet d’Autrui rassemble une quinzaine de ses peintures de petits formats, discrètes par leurs dimensions mais particulièrement riches dans les questions qu’elles soulèvent.
Avec L’Objet d’Autrui, Chong Gallery présente la première exposition suisse de la jeune peintre australienne Elise van den Brand (1992). Installée à Londres, l’artiste développe une œuvre intimiste qui explore les mécanismes du regard et la manière dont notre image nous échappe lorsqu’elle est saisie par autrui. À travers une série de petits formats à l’huile sur bois ou sur toile, elle compose un ensemble délicat où le quotidien devient le terrain d’une réflexion plus vaste sur la perception de soi.

Dès l’entrée dans l’exposition, le visiteur est frappé par l’échelle inhabituelle des œuvres. Elise van den Brand privilégie les petits, voir très petits formats. Ceux-ci imposent une relation intime avec les peintures : il faut se rapprocher des toiles pour en découvrir les détails, comme on s’approcherait d’un souvenir ou d’un secret.
Le titre de l’exposition renvoie directement à la pensée de Jean-Paul Sartre et à son concept du regard, selon lequel le simple fait d’être observé nous transforme en objet dans le monde de l’autre. Cette tension entre sujet et objet constitue le cœur de la démarche de l’artiste. Ses peintures fonctionnent comme des trous de serrure à travers lesquels le spectateur surprend des fragments d’existence : une main, une oreille, une mèche de cheveux, un geste suspendu, un objet du quotidien. Le cadrage est toujours extrêmement serré, presque cinématographique. Les images semblent découpées dans une réalité plus vaste dont nous ne percevons qu’un fragment.
Cette esthétique du détail décontextualisé confère aux œuvres une ambiguïté fascinante. Chaque image est issue d’un souvenir personnel de l’artiste, mais celui-ci demeure inaccessible au regardeur. Les photographies et vidéos qui servent de point de départ aux tableaux sont prises spontanément, sans intention particulière, puis réactivées parfois plusieurs années plus tard dans l’atelier. Une fois transformées en peinture, elles perdent leur contexte originel pour devenir disponibles à toutes les projections.

Le visiteur est ainsi invité à combler les vides. Une langue effleurant une lame, une main surgissant de l’ombre ou un visage partiellement masqué par des feuilles peuvent évoquer tour à tour l’intimité, la vulnérabilité, la séduction ou la menace. L’artiste s’intéresse précisément à ce moment où l’intention initiale du sujet est remplacée par l’interprétation du spectateur. Le sujet de l’image ne s’appartient plus à lui-même.

La peinture d’Elise van den Brand se distingue également par sa palette très particulière. Inspirée par le clair-obscur de la Renaissance, elle privilégie les blancs laiteux, les tons chair, les bleus sourds et les nuances délicates qui semblent émerger de l’obscurité. La lumière joue un rôle essentiel. Elle vient caresser une peau, révéler une texture ou isoler un détail dans la pénombre.
Cette coexistence entre tradition et modernité traverse toute l’exposition. Le dessin est précis, presque académique, mais les cadrages évoquent davantage la photographie contemporaine ou les réseaux sociaux que la peinture classique. Les œuvres donnent l’impression d’avoir été recadrées, coupées, extraites d’un flux d’images plus vaste. Pourtant, contrairement à la consommation rapide des images numériques, elles imposent un ralentissement du regard. Malgré leurs dimensions modestes, les œuvres possèdent une présence réelle. On sent le temps consacré à chacune d’elles. L’artiste travaille une toile à la fois, parfois durant plusieurs semaines, dans l’intimité de son atelier.
La fascination de l’artiste pour le corps humain est omniprésente. Mains, oreilles, visages partiellement visibles ou silhouettes fragmentées reviennent de toile en toile. Il y a toujours une présence humaine, même lorsqu’elle semble absente. Ces fragments deviennent les traces d’une identité qui se dévoile malgré elle.

Entre souvenirs personnels et projections collectives, l’exposition de Chong vient interroger la manière dont les images se construisent, circulent et se transforment. Sans jamais imposer un récit unique, Elise van den Brand crée un espace où chaque regard devient partie intégrante de l’œuvre.

Pratique : du 28 mai au 31 juillet 2026
https://www.artageneve.com/lieu/galeries/chong-gallery


