MEG – Le futur, c’est quoi ? 

MEG – Le futur, c’est quoi ? 

Cerise Dumont
1 octobre 2026

Au MEG, l’exposition Le futur, c’est quoi ? invite à explorer les représentations de l’avenir, entre imaginaires populaires, projections scientifiques et réflexions sur le temps. Conçue avec des adolescents, elle propose une expérience immersive et interactive, accessible dès l’âge de 8 ans.

Comment se représenter le futur, cet horizon que l’on ne peut ni voir ni connaître ? La nouvelle exposition du Musée d’Ethnographie de Genève aborde cette question vertigineuse en multipliant les points de vue : ceux de designers, de scientifiques, d’artistes, de jeunes et même d’un voyageur venu du futur. Plutôt que de chercher à dessiner les contours d’un monde à venir, elle explore les manières dont nous l’imaginons, le redoutons ou tentons de l’anticiper.

L’exposition débute par une exploration des futurs d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs. Jeux, magazines, comics et albums de musique côtoient instruments de mesure du temps, objets connectés, ordinateurs et robots, plus ou moins convaincants dans leurs promesses futuristes. Ces éléments issus de la pop culture témoignent de la place qu’occupent les récits fictionnels dans notre manière de concevoir l’avenir. Ils dialoguent avec des calendriers, des horloges et des frises chronologiques, qui matérialisent différentes tentatives humaines pour appréhender le temps. De grandes illustrations de l’artiste Sana, colorées et pleines de fantaisie, donnent le ton d’un parcours où l’imaginaire est constamment sollicité.

Car le futur n’est pas seulement une question de calendrier ou de progrès technique : il dépend aussi de la manière dont nous nous situons dans le temps. L’exposition propose ainsi d’interroger nos représentations, qu’elles soient linéaires, cycliques ou plus inattendues. Dans certaines conceptions, le futur se trouve ainsi derrière nous, puisqu’il nous est inconnu, tandis que le passé se tient devant nous, parce que nous pouvons le voir et le connaître. Nous avancerions alors à reculons, à l’aveugle, sans savoir ce qui nous attend. Cette inversion, aussi déroutante que stimulante, rappelle que notre rapport à l’avenir n’a rien d’universel ni d’évident.

Le parcours se déploie en quatre zones thématiques, chacune introduite par une conception particulière du temps. L’organisation ne suit pas une progression strictement chronologique : la circulation, relativement fluide, privilégie les rapprochements thématiques et les associations d’idées. Cette structure, qui épouse en quelque sorte la nature insaisissable de son sujet, peut donner une impression de dispersion. Mais comment prétendre répondre à une question aussi vaste en quelques salles ? L’exposition assume de multiplier les interrogations, quitte à rester parfois un peu en surface. À chacun et chacune d’approfondir ensuite la réflexion de son côté.

Les pistes pour ce faire sont nombreuses, incarnées par les artefacts exposés. Objets de divination – cartes de tarot, boules de cristal et autres instruments de voyance – côtoient les jeux de hasard, des dés à la machine à sous. D’autres objets témoignent de tentatives plus pragmatiques pour anticiper les événements, comme les instruments de mesure météorologique, du baromètre au bâton de pluie. À ces démarches s’ajoutent des pratiques rituelles, telles que les offrandes aux dieux ou les ex-voto, par lesquelles les humains cherchent à s’attirer un avenir favorable. Autant de manières, très différentes, de négocier avec l’inconnu.

L’exposition du Musée d'Ethnographie de Genève ne se limite toutefois pas aux destinées individuelles. Elle s’intéresse également aux futurs collectifs, à travers des propositions artistiques et des projections urbaines qui interrogent la façon dont nous souhaitons habiter le monde de demain. La question du progrès se trouve ainsi déplacée : plutôt que de considérer toute innovation comme une avancée en soi, il s’agit de se demander à qui elle profite, quelles réalités elle transforme et quels futurs elle rend possibles.

La dimension immersive et participative constitue l’un des principaux atouts du dispositif. Des vidéos artistiques, des installations interactives et des objets fictifs projetés en 2090 ponctuent la visite. L’humour et l’étrangeté de ces inventions encouragent à manipuler, à expérimenter et à se projeter dans des scénarios qui ne sont pas nécessairement ceux d’un futur spectaculaire ou high-tech. La vidéo Continuum, par exemple, imagine une famille ancestrale futuriste dans un monde low-tech. Une performance, des costumes exposés et des entretiens avec les membres de cette famille composent une proposition singulière, qui déjoue les représentations dominantes du futur comme un prolongement toujours plus technologique du présent.

L’attention portée aux jeunes publics se manifeste également dans la diversité des modes de médiation. Les dispositifs interactifs, les supports visuels et les contenus audiovisuels permettent de s’approprier les questions soulevées sans dépendre exclusivement de la lecture – celle-ci est d’ailleurs sous-représentée, beaucoup du contenu n’étant accessible que via l’audioguide. L’exposition résulte d’un travail mené durant deux ans avec deux classes genevoises de 9e Harmos, et intègre leurs regards à sa réflexion sur les devenirs possibles.

En guise de conclusion, le livre d’or prend la forme d’une capsule temporelle. On peut y écouter des messages venus du passé ou enregistrer une adresse à celles et ceux qui découvriront ces témoignages dans l’avenir. L’exposition ne prétend pas répondre à la question de ce que sera demain. Elle rappelle plutôt que nos représentations du futur sont façonnées par nos imaginaires, nos expériences et nos choix collectifs. Et que, si nous ne pouvons pas connaître l’avenir, nous pouvons au moins contribuer à le penser – si possible avec les générations suivantes.

 

Pratique : 7 mai 2026 au 10 janvier 2027  –  Musée d’Ethnographie de Genève : Le futur, c’est quoi ?

https://www.artageneve.com/lieu/musees-fondations/meg-musee-dethnographie-de-geneve

visuels :

1.Omnibot 2000
Robot conçu par l’entreprise Tomy au Japon en 1985.
Ce robot en matériaux mixtes a été prêté par le Musée Bolo - Musée suisse de l'informatique, de la culture numérique et du jeu vidéo à Lausanne.
Photo © 2025 Musée Bolo - Musée suisse de l'informatique, de la culture numérique et du jeu vidéo 

2. Daruma robotique
Conçu par l’entreprise Toyzeroplus en Chine en 2021.
Collection particulière.
Photo © MEG, Demian Tschumi