
Jagal - Quadrille
Réunissant quatre artistes aux pratiques singulières, l’exposition collective Quadrille de JAGAL Maison d’art fait cohabiter peinture hyperréaliste, abstraction et sculpture. Andreas Fischbach, Harold Bouvard, Stéphanie Loo-Ng, Hayan Kam Nakache. Tour d’horizon.
Des images stéréotypées d’Andreas Fischbach aux formes brutes d’Harold Bouvard, en passant par les surfaces stratifiées de Stéphanie Loo-Ng et les compositions gestuelles de Hayan Kam Nakache, les œuvres de la nouvelle exposition présentée par JAGAL Maison d’art explorent chacune à leur manière les possibilités expressives de leurs médiums.
Peintre hyperréaliste, Andreas Fischbach (1982) aime fusionner arts numériques et peinture. L’artiste travaille par séries, pour lesquels il reprend des visuels issus de notre imaginaire collectif, délibérément stéréotypés, qu’il peint à l’acrylique. Ses œuvres sur plexiglas, à l’esthétique exotique, jouent avec des images rappelant des cartes postales rétro-kitsches et ressemblent à des publicités d’agence de voyage. Derrière l’aspect hédoniste de certaines de ses compositions se dessinent toutefois des réflexions plus sombres sur notre rapport à une imagerie de plus en plus lisse.


Sculpteur français établi à Genève, Harold Bouvard (1974) est ébéniste de formation. Il revendique son bagage d’artisan et met sa connaissance intime des matériaux, en particulier du bois, du tissu et du cuir, au service de sa recherche artistique. Ses sculptures aux formes souvent brutes, mais aussi parfois très travaillées, portent des titres poétiques et pleins d’humour : Dedans ou dehors, tu choisis ; Tes fesses vont me manquer ou la fonction du séant ou encore Tendre sous bois par exemple. Lorsqu’il travaille le cuir, il l’appréhende aussi comme un sculpteur : la pièce cousue en deux dimensions acquiert soudain son volume au moment du remplissage. Jeux avec le vide et le plein, exploration perpétuelle des médiums : tout part souvent des accidents et des observations de la pratique d’atelier. Les contraintes imposées par le matériau nourrissent paradoxalement sa liberté d’expression.


Née et élevée à Singapour, Stéphanie Loo-Ng explore, quant à elle, les tensions entre contrôle et spontanéité, ordre et transformation. Ingénieure civile de formation, elle réalise des peintures abstraites où des lignes maîtrisées et contenues se heurtent à la dimension intuitive de l’application de la couleur. Ses tableaux, aux tonalités sombres, se révèlent très colorés lorsqu’on s’en approche pour les découvrir de plus près. L’artiste travaille la matière avec de l’acrylique, du sable qui rappelle le béton et des techniques mixtes, pour créer des surfaces stratifiées à la qualité brute et tactile. Les variations de densité et les couches de couleurs vibrantes donnent ainsi à ses compositions une profondeur qui se dévoile progressivement au regard.


Enfin, Hayan Kam Nakache (1982), artiste suisse et syrien, expérimente avec de multiples techniques et supports pour ses peintures et ses dessins. Soucieux de réduire au maximum son impact environnemental, il travaille essentiellement avec des matériaux de récupération. Dans cette exposition, les supports de ses peintures sont majoritairement constitués de moquette, un choix qui participe à la « laideur assumée » de certaines de ses créations. Leur aspect naïf, authentique et humoristique témoigne d’une approche libre, dans laquelle le geste et le matériau semblent se répondre sans chercher à dissimuler leur caractère imparfait.


Malgré la diversité de leurs pratiques, les quatre artistes partagent un intérêt pour les propriétés des matériaux et les possibilités qu’ils ouvrent. Qu’il s’agisse de détourner des images familières, de composer avec les accidents de l’atelier ou de faire émerger la couleur et la forme de supports inattendus, leurs œuvres invitent à regarder au-delà de la première impression.
L’exposition est à voir jusqu’au 7 novembre 2026.


