Aubert Jansem Galerie

by L'Art à Genève
9 mars 2020

Lorraine Aubert & Bruno Jansem, galeristes et experts en arts du XXe siècle

Votre rôle dans le monde artistique ?

Lorraine Aubert :       Un trait d’union.

Bruno Jansem:       Trouver les œuvres, les comprendre, les expliciter, les mettre en valeur, les conserver et les transmettre. 

Quel a été le déclic ?

LA.:       Pas de déclic vraiment, plus une évidence.

BJ.:       Une sculpture monumentale Wei du Nord sur le stand de la galerie Barrere à l'Asian Art Fair à New York.

Il a fallu que je m’assois, je suis resté plus d’une heure à l’examiner.

Le prix comportait beaucoup trop de zéro pour que je puisse l’acquérir.

Cela a dû se voir sur ma tête car Jacques Barrere est venu me trouver pour me donner une carte postale de la sculpture !

C’était il y a plus de 25 ans, je m’en rappelle comme si c’était hier, j’ai toujours la carte.

Aujourd’hui quelle est votre motivation ?

LA.:       Faire goûter l’art, sa richesse d’approche, sa sensualité, accompagner la découverte d’une œuvre d’art et la curiosité d’un amateur quelle que soit la typologie de l’œuvre.

BJ.:       La découverte, la connaissance.

Votre rapport au marché de l’art ?

LA.:       Ambivalent.

BJ.:       Un rapport semblable à celui que l’on entretient avec un vieil adversaire que l’on connaît trop bien: du respect, de la méfiance.

Le courant artistique qui vous touche le plus ?

LA.:       La Renaissance, le symbolisme, la Sécession, l'Art Déco....

BJ.:       Le Symbolisme.

La qualité que vous préférez chez un artiste ?

LA.:       La sensibilité bien sur et un sens unique de perception et d’observation.

BJ.:       La liberté.

Ce que vous redoutez le plus chez un artiste ?

LA.:       Le manque de bon sens et l’égotisme en particulier quand il frôle l’arrogance.

BJ.:       Son ego.

Quel est le rôle d’un musée d’art contemporain ?

LA.:       Un rôle d’identification, de relais et de cartographie de la scène artistique contemporaine.

BJ.:       Difficile de répondre car le musée d’art contemporain prend de si nombreuses formes aujourd’hui. De toutes les missions, créer un lien et un attrait entre la création actuelle et le public me semble la plus importante.

Que pensez-vous de la prolifération des foires d’art contemporain ?

LA.:       La prolifération en tant que telle peut être très positive car elle permet une émulation salutaire dans l’art contemporain. Cela dépend ensuite de comment et par qui elles sont organisées. Il peut y avoir comme dans les foires de Design une tendance à la pensée unique voire sectaire que je regrette parfois.

BJ.:       Cela correspond à une demande des acheteurs actuels. Avec le temps ce sont les foires spécialisées qui finissent par rencontrer leur public et perdurer. En dehors de la prolifération, c’est la spécialisation qui semble être l’élément primordial, tout comme les galeries et les maisons de ventes d’ailleurs.

Quelle est la tendance aujourd’hui sur le marché de l’art ?

LA.:       Une tendance axée sur les valeurs sûres, les grands noms, artistes ou acteurs du marché, les cotes assurées et valorisées, des prises de risques plus mesurées voire anecdotiques.

BJ.:       Il est impossible de généraliser. Le marché actuel s’analyse comme la coexistence d’une multitude de marchés de niche.

L’œuvre d’art est-elle un objet sacré ?

LA.:       Oui dans la mesure où elle est le témoin, le reflet et un référent de son époque.

BJ.:       Non, l’œuvre est un objet profane. Le sacré vient après, de l’usage ou de la construction mentale que l’on en fait.

Quel est votre dernier coup de cœur ?

LA.:       “Last Supper” de Sabine Pigalle.

BJ.:       Ma dernière fille.

Quelle est pour vous la ville la plus artistique ?

LA.:       Difficile de répondre par une seule ville....New York ou Chicago, pour son architecture Art Déco, Paris pour sa charge historique et l’unique pluralité de ses talents, Rome pour sa longévité, 

BJ.:       Venise.

Que seriez-vous sans l’Art ?

LA.:       Sèche.

BJ.:       Je vois l’art partout, à tout instant, même dans les lieux les plus incongrus. Je ne vois pas comment je pourrais être sans art. Dans cette éventualité peu probable : triste certainement.

https://www.artageneve.com/lieu/galeries/aubert-jansem-galerie