Jean-Michel Comte

Mabe Gallery – Lignes de pensée

Vanna Karamaounas
6 février 2026

A la galerie MABE, au cœur de la Vieille-Ville, Marine de Rougé propose une exposition autour du dessin en invitant trois artistes, Jean-Michel Comte, Agnès Bourély et Ambroise Bellec.

Lignes de pensée envisage le dessin non comme un médium secondaire ou préparatoire, mais comme un champ autonome de production de formes et de pensée. L’exposition propose une lecture du dessin comme espace mental, lieu d’inscription du temps et de la répétition, où le geste devient opérateur cognitif autant que plastique. À travers les œuvres de Jean-Michel Comte, Agnès Bourély et Ambroise Bellec, le dessin apparaît comme un processus réflexif, dans lequel la ligne ne décrit pas le monde mais matérialise une activité intérieure.

Le projet curatorial de Marine repose sur une mise en tension de trois écritures graphiques distinctes, qui partagent néanmoins une même conception du dessin comme pratique de construction mentale. Chez ces artistes, le dessin se détache de toute fonction illustrative ou narrative. Il s’inscrit dans une temporalité étendue, où l’abstraction se constitue par l’accumulation, la répétition et la variation du geste. La ligne y devient un outil de pensée, un vecteur de concentration et parfois de contrainte, engageant le corps dans une discipline prolongée.

Les dessins de Jean-Michel Comte se déploient dans une économie de moyens volontairement restreinte : le stylo noir, la continuité du trait, l’exigence de précision. Cette rigueur formelle, proche de l’obsession, produit des surfaces denses où la répétition du geste engendre une forme de saturation visuelle. Le dessin y apparaît comme un système auto-référentiel, une architecture mentale construite par la persistance, où le contrôle du trait devient le moteur même de la composition, ce trait caractérisé par un fort contraste en noir et blanc. La ligne, répétée jusqu’à l’épuisement, révèle une tension constante entre maîtrise et vertige. Ici, pour la première fois l’artiste s’attaque à de grands formats.

« Je recouvre, je sature, je raye, je dépose des repentirs à chaque instant. J’exprime et je réprime » Jean-Michel Comte.

Jean-Michel Comte

Jean-Michel Comte

 

À l’opposé de cette écriture fermement contrôlée, Ambroise investit le graphite pour en exploiter l’instabilité et la réversibilité. Ses dessins se construisent par couches successives, laissant visibles les reprises, les variations d’intensité et les zones de friction du geste. Le trait ne s’impose pas ; il insiste, se transforme, se densifie. Cette approche stratifiée rend perceptible le temps du dessin comme durée psychique et fait émerger des formes qui oscillent entre structure et dissolution. La répétition n’y relève pas d’un protocole strict, mais d’un processus de tension, où l’intuition et l’analyse s’interpénètrent. 

Ambroise Bellec

Ambroise Bellec

 

Agnès Bourély a beaucoup voyagé et vécu sur différents continents. Elle a grandi dans un environnement musical. De ses réminiscences, elle improvise sur un papier fin, lisse ou rugueux et introduit une dimension chromatique et poétique qui reconfigure les enjeux du dessin abstrait. La couleur ne fonctionne pas comme un élément décoratif ou expressif, mais comme une force active qui perturbe, déplace et complexifie la lecture. Par superpositions, vibrations et écarts chromatiques, ses œuvres musicales mettent en crise la stabilité de la forme et ouvrent le dessin à une expérience perceptive élargie. 

« Je m’exile dans mon atelier pour comprendre, pour dire ma singularité » Agnès Bourély

Agnès Bourély

Agnès Bourély, détail

En confrontant ces trois pratiques, Lignes de pensée propose une réflexion sur le dessin comme dispositif de pensée incarnée. L’exposition met en évidence des formes de rationalité sensible, où la répétition du geste, loin de produire une neutralité formelle, devient un espace de tension, de projection et de résistance. Le dessin y apparaît moins comme une image finie que comme le vestige d’un processus mental, rendant visible ce qui, habituellement, demeure invisible : le travail de la pensée elle-même.

Par la cohérence de son propos et la qualité des œuvres présentées, Lignes de pensée séduit et mérite indéniablement le détour.

 

Pratique : L'exposition est à voir jusqu'au 21 février 2026  https://www.artageneve.com/lieu/galeries/mabe-galllery

 

Marine de Rougé et Gen_iart

le dessin de Gen_iart

Dans la vitrine de la Galerie Mabe, le street artiste lyonnais Gen_iart expérimente le geste artistique, avec un robot et l'intelligence artificielle.

Sur la photo Marine de Rougé et Gen_iart devant une installation d'Agnès Bourély.