
Nouvelles Vagues - Collective chez Analix
Analix Forever présente l’exposition collective « Nouvelles Vagues ».avec Serwan Baran, Marios Fournaris, Barbad Golshiri, Alexandra Jabre, Vanna Karamaounas, Ali Kazma, Julien Serve, Mimiko Türkkan, Abdul Rahman Katanani, Marileni Vourtsi.
À Chêne-Bourg, la galerie Analix Forever présente « Nouvelles Vagues », une exposition collective qui affirme son engagement envers les scènes artistiques du monde méditerranéen et leurs multiples voix.
L’exposition collective Nouvelles Vagues rassemble dix artistes venus de Grèce, Turquie, Liban, France, Palestine, Irak et Iran. Entre leurs origines plurielles et l’idée de nouvelles vagues artistiques, tous médiums confondus, leurs œuvres composent un flux mouvant où héritage, innovation et poésie se rencontrent.
Pensée comme une traversée du bassin méditerranéen, l’exposition met en dialogue différentes générations et pratiques artistiques. Trois artistes exposent pour la première fois chez Analix Forever — Barbad Golshiri, Vanna Karamaounas et Marileni Vourtsi — tandis que d’autres, comme Alexandra Jabre, Abdul Rahman Katanani ou Julien Serve, prolongent et réinventent leur travail dans un nouvel accrochage.
À l’image du mouvement cinématographique de la Nouvelle Vague, qui cherchait à saisir le réel autrement en mêlant l’intime au social, les artistes réunis ici font de leurs pratiques un geste en prise avec leur époque. Gestes, corps, traces, paysages ou fragments de mémoire : leurs œuvres explorent l’union, l’éphémère, les souvenirs et la quête de soi, toujours en dialogue avec le monde. La mer, fil invisible de cette exposition, apparaît tour à tour comme décor, matière ou horizon de pensée.
Parmi les œuvres marquantes, une très belle toile du peintre irakien Serwan Baran (Whispers, 2014) retient l’attention. Réalisée à l’aquarelle mais traitée presque comme une peinture à l’huile ou à l’acrylique, elle déploie une palette dense et profonde, où la matière semble vibrer sous la surface du papier.

Les œuvres de Barbad Golshiri s’inscrivent dans une tonalité plus sombre. Une peinture à l’encre de Chine et à l’acrylique sur bois montre un bébé amputé lisant un livre, image troublante qui dialogue avec une série de petites sculptures en plâtre et gomme-laque. Ces reliefs aux allures de fragments funéraires, réunis sous le titre D’un ouvrage abandonné, évoquent des traces archéologiques d’histoires interrompues.

Chez Alexandra Jabre, la sculpture The Ancient Bond se présente comme un objet à la fois précieux et inquiétant. Deux figures aveugles, coulées en bronze plaqué or, sont reliées par des chaînes de spinelle noir placées au niveau des yeux, comme si les larmes elles-mêmes devenaient un lien entre les corps.

Plus politique, l’œuvre d’Abdul Rahman Katanani se matérialise dans une sculpture réalisée en barbelés, intitulée Retisser. Fidèle à sa pratique, l’artiste palestinien transforme ce matériau chargé d’histoire en une forme fragile, presque textile, évoquant à la fois la violence des frontières et la possibilité de réparer ce qui a été déchiré.
L’exposition s’ouvre également à l’image en mouvement. Dans la vidéo Home, l’artiste turc Ali Kazma pénètre l’appartement de l’artiste Füsun Onur à Istanbul. Entre natures mortes, objets du quotidien et fragments d’atelier, la caméra révèle l’espace intime où naît la création.
Plus légère en apparence, la série En selfie de Julien Serve rassemble vingt-deux aquarelles rehaussées à l’encre de Chine. L’artiste y capture des inconnus rencontrés sur la plage, formant une foule fragmentée dont chacun des membres est aveugle aux autres, tant il est obnubilé par lui-même. Le jeu de regards devient une réflexion sur la place de l’artiste au milieu des autres.

Les œuvres de Mimiko Türkkan introduisent une dimension plus physique. Sa grande composition à l’encre rouge sur papier, On ne dompte pas sa vague, dialogue avec une série de cyanotypes dans lesquels l’artiste imprime son propre corps, comme une empreinte directe laissée sur la surface du papier.

La plus jeune artiste de l’exposition, Marileni Vourtsi, présente quant à elle des cyanotypes intitulés Futurs émergents. Par leurs tonalités bleutées et leurs formes fluides, ces images semblent capturer des fragments de paysage ou des apparitions fugitives, comme si l’avenir lui-même se dessinait dans le mouvement de la vague.

Dans une petite salle, le travail de Vanna Karamaounas introduit une dimension plus méditative. Deux photographies et une installation composent son intervention, centrée autour d’un socle de marbre gravé d’une phrase de l’écrivain grec Nikos Kazantzakis : « Je n’espère rien. Je ne crains rien. Je suis libre. » Une déclaration lapidaire qui résonne comme un manifeste.
Les images composées par l’artiste quant à elles se passent de mots. Qu’il s’agisse d’une immense Anatomie, dont les formes courbes quasi-abstraites miroitent dans une lumière mystérieuse, ou d’une photographie tirée de la série Exode, disant le drame de l’exil à travers la façade d’un simple baraquement de bois, son travail est une invitation à repenser la place de l’humain dans le monde, à travers le temps, l’espace et la matière elle-même.

À l’extérieur de la galerie, les installations sculpturales de Marios Fournaris prennent la forme de totems mystérieux. Avec Mystery 83 Spe Meliore Moriendi (flames of earth), réalisé en techniques mixtes, l’artiste grec développe un langage symbolique proche du rituel. À l’intérieur, ses gravures colorées aux formes géométriques possèdent une qualité presque hypnotique.

Sans chercher l’uniformité, Nouvelles Vagues compose ainsi un ensemble mouvant, où chaque œuvre apparaît comme une variation autour d’un même horizon méditerranéen. Entre récits personnels, expérimentations formelles et mémoire collective, l’exposition fait émerger une constellation de voix singulières qui interrogent notre époque tout en laissant affleurer poésie et imagination.
Pratique : L’exposition est à voir jusqu’au 23 avril 2026.
Artistes : Serwan Baran, Marios Fournaris, Barbad Golshiri, Alexandra Jabre, Vanna Karamaounas, Abdul Rahman Katanani, Ali Kazma, Julien Serve, Mimiko Türkkan, Marileni Vourtsi


