Lea Roth

par Nafsika Guerry-Karamaounas
22 octobre 2019

Lea Roth présente à la galerie Andata Ritorno le processus de travail de ces trois dernières années et les dernières pièces qui viennent de sortir de l’atelier.

Vous exposerez votre travail du 24 octobre au 9 novembre à la galerie Andata Ritorno. 

Pourriez-vous nous parlez brièvement de cette exposition. Présenterez-vous de nouvelles créations ?  ? 

Oui, je présenterai à la galerie Andata Ritorno à la fois le processus de travail de ces trois dernières années et les dernières pièces qui viennent de sortir de l’atelier.

On peut dire qu’il y a une grande place faite au travail de gravure et de monotype qui a modifié mon rapport à la peinture à l’huile ainsi que le développement de construction de châssis qui s’est maintenant installé fermement. 

Quelle représentation du temps faites-vous à travers vos peintures ? On ressent une approche de la temporalité particulière ; des séries, plusieurs tableaux qui forment comme un ensemble, vos titres également : « 7 (d’un coup) », « 3 arbres » « 3 + 33 arbres » etc.

Les séries que vous mentionnez ont effectivement un rapport au temps un peu particulier car chacune s’étale sur plusieurs années et ont été produites grâce à des journaux de bord (carnet et/ou livre objet) qui relatent le processus de travail et la difficulté de produire sur un aussi long cours. Trame – Métamorphose est le plus long, trois ans en tout. Ces carnets sont des outils indispensables pour produire ces séries sur des longues durées où l’on change forcément et où parfois on ne sait plus très bien sur quoi on travaille. Mais le temps est toujours un allié pour le peintre, même quand il semble en manquer…

Quelle est votre relation à la matière, à la forme ?  – il y a une vraie texture, un réel relief sur chacune de vos peintures – on ne peut pas dire qu’elle soit « lisse ».

Disons que la peinture pour moi s’exerce en stratification depuis la structure du « tableau » - le châssis. J’aime cette phrase de Paul Klee qui dit : "De même que l'homme, le tableau, lui aussi, a un squelette, des muscles et une peau. On peut parler d'une anatomie particulière du tableau. (…) On commence par construire une charpente pour la peinture à bâtir. Jusqu'à quel degré s'en écarter, voilà qui est facultatif; dès la charpente se peut exercer un effet pictural plus profond qu'à partir de la seule surface."( Journal, octobre 1908)

Actuellement j’aime faire remonter cette structure dans les motifs et la mettre en rehaut que ce soit dans les monotypes ou dans les autres pièces.

Quand je travaille l’huile, il y a des pigments et des charges qui parfois « trouent » la surface du tableau en introduisant des zones mates et des zones plus brillantes, peut-être est-ce ce que vous nommez le non-lisse. On pourrait aussi utiliser le mot hétérogène.

Pourrions-nous dire de vos toiles qu’elles sont « mises en forme », comme l’appellation du style SHAPED CANVAS de Frank Stella ?

Je me sens très proche du travail de Frank Stella que j’ai redécouvert ces dernières années. Je dirais que les châssis que je construis sont issus d’une pratique de coupe et de collage plus que d’une recherche conceptuelle de forme en soi. Le rapport à la chute, au rebus de la coupe, du négatif de la forme est central.

Je me suis toujours intéressée aux objets-peinture anciens : liturgiques, tels que les retables, les vierges ouvrantes, et d’autres « curiosités » peintes sur différents types de supports qui jalonnent l’art populaire du XIXe et XXe et qui ne sont pas strictement planes ou catégorisées comme « tableau ».

Une autre figure qui a été importante pour moi est Robert Rauschenberg.

Vous revenez beaucoup sur chacun de vos tableaux. Pour vous, la matière par définition était-elle liée au temps ? 

Non je ne pense pas forcément, je dirais que c’est une conséquence de l’organisation de mon travail de ces dernières années. Mais c’est une question très complexe !!! 

Quel support et matériaux utilisez-vous principalement ? 

Papier, tissus, bois pour les supports ; encre, gouache, huile pour les matériaux et différentes charges. Des vitres comme outil de transfert. Il y a aussi les techniques de gravures. Des matériaux de récupération. Beaucoup de mélanges parmi toutes ces choses.

La peinture est un geste. A quel moment le sens prend le pas sur le geste ?

Je crois que de travailler avec ces carnets de bord a beaucoup compliqué le travail de peinture, dans le sens qu’il a fait d’une certaine façon retenir systématiquement, dans un premier temps, le geste, le mettant à l’épreuve de savoir si vraiment cela valait la peine de le lâcher sur ces supports, qui eux aussi également prenaient du temps à être élaborés ; beaucoup de sources iconographiques différentes qui parfois ralentissent la vitesse d’exécution. Et le côté « technique de construction » qui n’arrange pas non plus les choses.

Après toutes ces épreuves, le geste est transformé, il est parfois accidenté et il faut alors accepter la forme qu’il prend.

Pourriez-vous nous parler un peu de votre association C-FAL ? Quel lien a-t-il avec vos peintures ? 

C-FAL (Centre de formation artistique et littéraire) est un projet que je développe depuis bientôt dix ans aux côtés de nombreuses autres personnes, des écrivains, des enseignants, des architectes et d’autres plasticiens. L’idée centrale est celui d’une formation transversale, un lieu de partage pour artistes et amateurs. Chaque année nous organisons des tables de travail pour les membres de l’association et éditons un programme d’ateliers ouverts à tous, enfants et adultes.

J’ai énormément appris et progressé dans ma pratique de peinture en créant ces ateliers à C-FAL et en voyant pratiquer les autres. Les ateliers que je préfère donner sont ceux en duo avec les écrivains, c’est d’une richesse folle. Cela dynamise ma pratique.

Avez-vous une attente particulière quant à l’exposition à venir ? 

C’est extrêmement plaisant de pouvoir exposer dans ce très bel espace d’Andata Ritorno et de pouvoir avoir les retours du directeur artistique de la galerie Joseph Farine. J’essaie d’en profiter mais ça va très vite ce montage.

J’ai une pratique très solitaire, les attentes sont du côté des échanges avec les spectateurs. 

Quels sont vos projets futurs ?  

Continuer.

Pratique

Lea Roth , Andata Ritorno

Du 24 novembre au 9 novembre 2019

37, rue du Stand

1204 Genève