Vanna Karamaounas, Passages, Iran 2016-2026

Vanna Karamaounas - TCarmine

Cerise Dumont
11 mai 2026

La galerie TCarmine consacre un solo show aux Paysages urbains de l’artiste Vanna Karamaounas. L’exposition présente notamment de nombreuses œuvres inédites, nées d’un voyage en Iran effectué par l’artiste il y a une dizaine d’années.

En 2016, lors d’un voyage en Iran, Vanna Karamaounas découvre presque par hasard une histoire singulière : celle de l’artiste belge Wim Delvoye, qui a acquis plusieurs palais historiques dans la région de Kashan avec l’ambition d’y installer son atelier et d’y ouvrir un musée. Sur place, elle rencontre le gardien de ces demeures abandonnées ; de cette exploration naît la série Passages.

Dès les premières images, le regard est frappé par une impression de suspension. Ces palais, autrefois fastueux, apparaissent aujourd’hui désertés, en ruines, mais habités d’une présence persistante.

©Vanna Karamaounas, Passages

Vanna Karamaounas ne cherche pas à documenter l’architecture de manière descriptive : ses cadrages resserrés refusent toute lecture globale des lieux. Au contraire, ils confrontent le spectateur à des fragments – murs aveugles, façades érodées, ouvertures accidentelles de lumières – comme si l’espace ne pouvait désormais être appréhendé que par bribes. Le silence qui émane de ces images est presque palpable.

©Vanna Karamaounas, Passages
Au fil de ses déambulations, l’artiste brouille les frontières entre intérieur et extérieur, entre ce qui relève de l’intime et ce qui s’expose au regard. Fenêtres, oculi, canaux de circulation de l’eau ou structures porteuses apparaissent comme autant d’indices d’un passé révolu. On distingue le squelette de ces architectures anciennes, dépouillées de leurs ornements mais conservant une forme de majesté. L’espace devient alors autant mental qu’architectural : il ne s’agit plus seulement de lieux à voir, mais de lieux à éprouver.

©Vanna Karamaounas, Passages

©Vanna Karamaounas, Passages

Visuellement, la série déploie une palette douce, presque feutrée, qui contraste avec la rudesse des matières. Les textures, les lumières, les surfaces altérées composent des images d’une grande délicatesse. Cette tension entre douceur et âpreté traverse l’ensemble du travail. Les arcs arrondis dialoguent avec des angles plus durs, la solidité des structures avec leur fragilité évidente. Toujours, l’artiste capte ces oppositions, ces équilibres instables où la force naît précisément de la vulnérabilité.

©Vanna Karamaounas, Passages

Certaines photographies frôlent ainsi la peinture. Par leur composition, leur traitement de la lumière, leur abstraction parfois, elles dépassent le simple enregistrement du réel. Elles proposent une expérience visuelle presque tactile, où la matière semble respirer. Pourtant, rien n’est ajouté, rien n’est mis en scène.

©Vanna Karamaounas, Passages

Cette nouvelle série, Passages, se concentre encore une fois sur la trace. Fissures et ouvertures ponctuent les images, comme si le regard de l’artiste était irrésistiblement attiré par ces zones de frontière entre le dedans et le dehors, le passé et le présent. C’est dans ces interstices que se logent la mémoire et l’imaginaire, chargés de tout le poids de l’Histoire. Omniprésente et invisible, cette dernière confère aux lieux une vibration singulière.

©Vanna Karamaounas, Passages

Les fractures visibles dans les bâtiments évoquent, en filigrane, celles des sociétés humaines. L’état brut du présent contraste avec la magnificence de jadis. Malgré la destruction, une beauté persiste – une force silencieuse, presque obstinée. Dans ces images hors du temps, Vanna Karamaounas ne cherche ni à reconstruire ni à expliquer. Elle invite plutôt à regarder autrement, en silence, à prêter attention à ce qui subsiste, à contempler, à méditer.

Les photographies inédites qui composent la série s’inscrivent pleinement dans la continuité de la démarche de l’artiste, qui s’attache à capter les Paysages urbains – mais aussi les Paysages sociopolitiques – qu’elle rencontre.

La posture de Vanna Karamaounas reste marquée par une grande retenue, un respect attentif des lieux et de leur histoire, ainsi qu’une résistance constante au spectaculaire. La démarche de l’artiste confine au spirituel. Les images invitent à se perdre dans la contemplation, à sortir un instant du tourbillon du présent pour faire place au sacré.

©Vanna Karamaounas, Passages

https://www.artageneve.com/lieu/galeries/tcarmine-fine-art

Du 12.03.2026 au 21.05.2026 à TCarmine - Genève - 10 rue des Maraîchers.

FINISSAGE le jeudi 21 mai de 18h à 21h