
Villa Dutoit - Mosaïques
À la Villa Dutoit, l’exposition « Mosaïques » rassemble trois artistes genevoises – Adriana Passini, Frédérique Haessig et Erica Mugny – qui ont choisi d’inviter trois autres créateurs à prendre possession des lieux. L’ensemble fait dialoguer les œuvres, les disciplines et les univers.
Plus qu’une exposition collective, Mosaïques prend la forme d’une conversation où les disciplines, les sensibilités et les matériaux se répondent d’un étage à l’autre. Ce qui frappe d’emblée est la cohérence de cette diversité. Gravures, peintures, sculptures, photographies et poésies cohabitent sans jamais entrer en concurrence. Au contraire, chaque proposition semble prolonger la précédente selon des modalités différentes. Toutes puisent leur énergie dans une même attention portée à la nature, au temps et aux formes discrètes du vivant.
Le parcours débute au rez-de-chaussée avec les peintures d’Erica Mugny. Réalisées sur papier, ces œuvres abstraites se distinguent par leur richesse matérielle. Les techniques mixtes employées par l’artiste produisent des surfaces vibrantes où les pigments semblent se déposer comme des sédiments. Les textures minérales, les jeux de transparence et les effets d’écume évoquent tour à tour l’eau, la roche ou les phénomènes atmosphériques. Sans représenter directement un paysage, les compositions en convoquent la mémoire sensible et viennent créer des espaces ouverts à l’imagination.
Cette dimension poétique trouve un prolongement naturel dans la salle Florilège. Entourés des peintures de Mugny, les visiteurs découvrent un ensemble de photographies et de gravures de bouquets réalisés par Aurélie Surbeck, accompagnées de textes de Matteo Zimmermann. Né d’une collaboration menée sur une année entière, le projet associe l’observation du végétal à l’écriture poétique. L’ensemble, qui témoigne de la complicité profonde des deux artistes, dégage un charme délicat. Une parenthèse sensible, qui invite à ralentir le regard.
Au premier étage, les gravures d’Adriana Passini poursuivent cette exploration du vivant sous une forme différente. L’artiste pratique la gravure depuis près de vingt ans et maîtrise avec finesse les multiples possibilités du médium. Ses œuvres, souvent de petit format, évoquent insectes, feuillages, paysages ou formes plus libres. Certaines compositions conservent une dimension figurative tandis que d’autres s’aventurent vers l’abstraction. Dans tous les cas, le trait demeure léger, spontané, presque calligraphique. On y retrouve parfois une sensibilité japonisante ou chinoise, perceptible dans l’économie des moyens, l’importance accordée au vide et la capacité à suggérer davantage qu’à décrire.
Le deuxième étage est entièrement consacré aux sculptures de Frédérique Haessig. Après les œuvres sur papier, le visiteur change d’échelle et de rapport à la matière. Marbre, albâtre ou stéatite occupent l’espace avec une présence calme mais affirmée. La sculptrice entretient avec la pierre une relation de dialogue plutôt que de domination : chaque bloc semble porter en lui une forme potentielle que l’artiste s’attache à révéler. Les questions d’équilibre occupent également une place centrale. Certaines sculptures semblent défier la pesanteur ou reposer sur des points d’appui improbables. Pourtant, rien n’apparaît forcé. Les formes conservent une impression de fluidité et de douceur qui contraste avec la densité du matériau.
Les sculptures jouent constamment sur la frontière entre abstraction et figuration. Une courbe évoque soudain un oiseau, une silhouette humaine ou une référence discrète à Edward Hopper avant de redevenir simple mouvement dans l’espace. Les lignes sont épurées, les volumes réduits à l’essentiel. Frédérique Haessig laisse fréquemment une partie de la pierre à l’état brut, comme pour rappeler l’origine minérale de l’œuvre et préserver la mémoire de la matière. Cette coexistence entre surface polie et texture naturelle constitue l’une des grandes réussites de son travail.
À travers leurs pratiques respectives, les artistes réunis dans Mosaïques partagent une même volonté de laisser place à l’émotion, à l’imaginaire et à la contemplation. L’exposition ne cherche ni la démonstration ni l’effet de manifeste. Elle privilégie les résonances, les correspondances et les rencontres inattendues entre les œuvres.
Cette diversité assumée constitue sans doute sa principale qualité. Comme les fragments d’une mosaïque, chaque proposition conserve son autonomie tout en participant à une image d’ensemble plus vaste. L’ensemble constitue une exposition généreuse et harmonieuse, placée sous le signe de la sensibilité et du dialogue.
Pratique :
Villa Dutoit – du 6 au 21 juin 2026 – mercredi à dimanche de 14h à 18h – Présence des artistes les samedis et dimanches


