Viviane Loutan

par Nafsika Guerry-Karamaounas
30 novembre 2020

Artiste suisse discrète, son puissant trait de crayon nous embarque dans son monde très personnel, mystérieux, végétal dans un langage surréaliste de plaisirs et de sensualité.

   « Enfant, dès que j'ai pu tenir un crayon, j'ai dessiné. Des copies : oiseaux, fleurs, fruits, feuilles tombées si jolies en automne. Adolescente, j'étais en hiver, fascinée par la structure dénudée des arbres, de leurs branches élancées ou tourmentées, du creux ou relief de leurs écorces où la vision peut s'y perdre. Adulte, ne pouvant me payer une école d'Art, je fréquentais les académies libres. Pour une modique somme on pouvait dessiner des corps humains. En tant que modèle, je pouvais entrer dans des ateliers d'artistes et voir leurs œuvres. J'ai fait beaucoup de métiers pour gagner ma vie : sommelière le matin et le soir, modèle l'après-midi. Les jours libres, à l'heure de l'apéritif, je croquais les clients dans les bistrots. Ainsi, j'ai beaucoup appris sur le tas ! ». Viviane Loutan

 

Entre extrême minutie et surréalisme s’équilibrent les dessins de Viviane Loutan, artiste suisse, née le 8 novembre 1934 à la maternité de Genève.

Face au support blanc, on imagine facilement la dessinatrice laisser vaquer son imagination et se saisir d’une figure. Cette dernière est dans un même temps, très ancrée car structurée par un présent relativement obscur. Cette vision énigmatique est ici relatée par la nature irréelle de l’œuvre, la structure du dessin, la disposition des éléments, et également par l’aspect que revêtent les composantes « vivantes » - exagérément rondes, petites, grandes, tordues, disproportionnées. 

Les êtres, ou plutôt les créatures sont quasi crépusculaires, elles s’opposent sensiblement à la figure d’apparence humaine, souvent de taille plus petite et dans une position qui suggère une certaine vulnérabilité. Cette dichotomie laisse à penser à une humanité timide qui peine à exister comme elle le devrait pleinement.

Cette opposition est également renforcée par les apparitions végétales et animales – elles sont souvent relayées au second plan, ou marquées comme étant le prolongement d’une autre figure. 

Les œuvres reflètent une mythologie plutôt qu’une image narrative et explicite. L’image ici devient une référence et par l’appropriation du trait, Viviane Loutan fait de cette mythologie sienne. Les tableaux sont comme un rapport quotidien de maux divers et variés dans lequel l’humanité est seule protagoniste.  

L’érotisme matérialisé dans chacun des dessins n’est ni outrageux ni grossier, bien au contraire, il est rendu poétique grâce à la finesse du trait, à cette manière très aérienne et délicate de représenter les corps singuliers - leurs contours observent tous une certaine rondeur. C’est une intimité à demi-mot qui se dévoile.

Viviane Loutan préfère souvent l’encre noire ou le stylo à bille aux couleurs, exceptés pour les dessins réalisés au stabilotone.

Qu’il s’agisse du noir ou de la couleur, les teintes sont par définitions douces, rien n’est trop marqué. De ce trait finalement discret, on y décèle comme une évanescence – on peut se dire que « tout passe ». 

Une douceur vient caresser l’univers absurde et amer, comme un souffle d’espoir. 

Cette conviction est insufflée par le geste de l’artiste elle-même. 

Il émane donc des œuvres dessinées comme une enveloppe flottante, absolument positive.

« Face au support blanc, je vois des formes apparaître qui se déplacent et se modifient sans cesse. Il faut ensuite en saisir une au vol pour débuter le travail». Viviane Loutan 

Pratique :

https://www.vivianeloutan.com