
Casanova à Genève au MAH
Casanova à Genève – Un libertin chez Calvin. À l’occasion du 300e anniversaire de la naissance de Giacomo Casanova (1725 – 1798), le Musée d’Art et d’Histoire de Genève consacre une exposition à ce personnage emblématique du XVIIIe siècle.
« Rien ne pourra faire que je ne me sois amusé ».
Ainsi parlait Casanova en introduction de l’« Histoire de [sa] vie », et c’est bien dans cet esprit que l’exposition « Casanova à Genève – Un libertin chez Calvin » du Musée d’Art et d’Histoire rend hommage à cette figure illustre. Au-delà des clichés le représentant en séducteur aux innombrables conquêtes, l’exposition révèle l’homme de lettres, l’aventurier et le libertin, incarnation à lui seul de l’esprit des Lumières.

L’exposition du MAH se concentre sur les liens du Vénitien avec Genève, où il a séjourné à plusieurs reprises entre 1750 et 1762. La ville a été le cadre de quelques épisodes marquants de sa vie, notamment sa séparation d’avec Henriette, son grand amour, ou ses duels d’éloquence avec Voltaire dans sa propriété des Délices – sans oublier des intrigues galantes qui viennent démentir la réputation d’austérité de la Cité de Calvin. A l’inverse de Don Juan, Casanova est un séducteur qui respecte les femmes tout en étant un homme de tous les plaisirs de la chair. Demandé en duel en Pologne, il gagne contre l’aristocrate Franciszek Ksawery Branicki à Varsovie ce qui lui donne de l’importance dans toute l’Europe. Casanova voyage beaucoup et parcourt à travers l’Europe 67'000 kms en 40 ans par tous les moyens de transport, de Constantinople à Londres et Saint-Pétersbourg à Madrid.
L’usage du monde « Le seul système que j’eus, si c’en est un, fut celui de me laisser aller où le vent qui soufflait me poussait. » (Histoire de ma vie, vol. I, p.5)
Le scénario de l’exposition s’appuie directement sur les mémoires que Casanova rédige au soir de sa vie. Il écrit en français, alors langue diplomatique. Ce manuscrit rarissime a été prêté pour l’exposition par la Fondation Bodmer. Ce récit constitue également un témoignage de première main sur la société et les mœurs de l’Europe du XVIIIe siècle. Plus particulièrement, ce récit doit sa célébrité à la description des ses intrigues galantes.

Le parcours scénographique se décline en un prologue suivi de cinq actes thématiques, et se poursuit dans trois cabinets. L’ensemble des cartels est émaillé de nombreuses citations permettant de contextualiser les objets présentés.

Dans la grande salle, le salon, quelques notes d’une petite musique d’époque (Haendel a priori) résonnent discrètement. Le prologue dévoile un portrait – présumé ! – de Casanova lui-même et témoigne de ses voyages en présentant une chaise à porteurs. Dans une vitrine sont rassemblés des pièces et des médailles de toute l’Europe, des monnaies accumulées de 1745 à 1785 grâce à ses nombreux voyages et qui nous rend compte de l’incroyable diversité monétaire et du morcelement politique de l’Europe au XVIIIe siècle. Dans une autre vitrine, la paire de pistolets, à silex, indispensables à la sécurité de tout gentilhomme à l’époque, une tabatière en émail peint sur cuivre, un éventail ou un flacon à parfum en cristal de roche taillé, or ciselé et ajouré.


Le salon accueille aussi un ensemble de silhouettes découpées de Genevois, souvent anonymes. Casanova, fils de comédien, considère le théâtre comme très important. Il joue même dans une pièce de Voltaire.
Plus loin, une série de documents iconographiques fait revivre Genève et les lieux que fréquente Casanova, l’aventurier, l’amoureux, le libertin, le Vénitien. Ses séjours genevois, au sein du célèbre Hôtel des Balances, le meilleur de la Cité de Calvin, sis place Bel-Air, sont également évoqués. Goethe, Schopenhauer ou Stendhal y ont séjourné.
Bons baisers de Genève – « Je descendis aux Balances comme toujours » (HMV, II, 907) s’achève sur une note désenchantée lorsque le séducteur découvre le message de l’une des femmes qui a le plus compté pour lui, Henriette, gravé sur une vitre de leur chambre des Balances : « Tu oublieras aussi Henriette ».

Les différentes facettes de la vie de Casanova prennent ensuite corps, articulées selon les différentes pièces qui pouvaient les abriter : jeux d’argent au salon, mobilier et costumes dans la galerie, rites d’hygiène dans le cabinet de toilette, musique dans le salon de musique et plaisirs de la table dans la salle à manger.

« Ce qui m’obligeait à jouer était un sentiment d’avarice. J’aimais la dépense, et le cœur me saignait quand je ne pouvais pas le faire avec de l’argent gagné au jeu ». (HMV, I, 1091)
À quelques salles de là, l’exposition se poursuit dans l’atmosphère confidentielle de trois cabinets qui accueillent des thématiques plus intimes ou rassemblent une série d’œuvres et de documents particulièrement fragiles. On a ainsi l’occasion de découvrir les dessous des scènes galantes et des mœurs sexuelles, plus modernes qu’on ne le croirait, du XIIIe siècle. Car si Casanova est un amoureux des femmes, il se revendique également libertin.
Petit clin d’œil aux « redingotes d’Angleterre » en usage à l’époque, le MAH a collaboré avec une marque de préservatifs bien contemporaine pour proposer des emballages aux couleurs de l’exposition et portant des citations de Casanova lui-même.

Au final, la visite de « Casanova à Genève » se révèle agréable et instructive. On y découvre quelques belles pièces tirées des réserves du musée, mais aussi de celles de l’Ariana ou issues de collections privées. L’ensemble se tient bien et, bien qu’un peu sage, permet d’éclairer plus complètement le monde que le Vénitien, tour à tour abbé, violoniste, joueur, occultiste, franc-maçon, entrepreneur, diplomate ou espion, mais également homme de lettres prolifique, fut amené à parcourir.
L’exposition, à voir jusqu’au 1er février 2026, s’accompagne d’un catalogue paru sous la direction de Corinne Borel, adjointe scientifique responsable de la collection d’armures et d’armes anciennes au MAH, avec la collaboration de Flávio Borda d’Água, conservateur adjoint responsable de l’Institut et Musée Voltaire de la Bibliothèque de Genève.
https://www.artageneve.com/lieu/musees-fondations/mah-musee-dart-et-dhistoire



