Pierre-Alexandre Mansard

Pierre-Alexandre Mansard – Eternity Gallery

L'Art A Genève
16 janvier 2026

Pierre-Alexandre Mansard, Directeur d’Eternity Gallery Geneva à la Place Longemalle nous livre quelques réflexions sur le monde de l'art.

Votre parcours ?

Un cursus en droit et en histoire de l’art, et plusieurs stages dans des départements d’art impressionniste et moderne de maisons de ventes, notamment chez Christie’s à Paris, où j’ai eu la possibilité de travailler sur la collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé. Une expérience inoubliable et extrêmement formatrice, ce fut pour moi un déclic. Puis quatre années passées à Londres au sein d’un cabinet de courtage spécialisé dans les ventes privées de tableaux XIXe et XXe.

J’ai ensuite fait le choix de me mettre à mon compte à Paris dans ce même domaine, tout en travaillant ponctuellement sur des dossiers un peu plus « exotiques », notamment un manuscrit, le ‘Manifeste Olympique’ de Pierre de Coubertin, vendu chez Sotheby’s New York en 2019 pour près de 9 millions de dollars, et aujourd’hui conservé au Musée Olympique de Lausanne. 

J’ai dans le même temps rencontré ma compagne, suissesse d’origine. L’arrivée d’un enfant nous a incité à nous installer à Genève pour son cadre de vie plus doux. C’est alors que j’ai rejoint Opera Gallery, avant d’ouvrir et diriger l’antenne genevoise d’une des filiales du groupe alors existante à Miami, Eternity Gallery.

Aujourd’hui quelle est votre motivation ?

Eternity Gallery Genève présente majoritairement de l’art contemporain, et une sélection d’artistes modernes et d’après-guerre. Nous marchons indépendamment de nos grands frères d’Opera Gallery, tout en bénéficiant de la puissance internationale du groupe, en proposant des noms différents, et en prenant le soin de maintenir une certaine attractivité quant aux pièces proposées pour s’adresser à une clientèle plus jeune, peut-être grands collectionneurs de demain.

En tant que directeur de galerie, je souhaite avant tout que nos visiteurs passent un bon moment, qu’ils découvrent des artistes, s’expriment avec liberté, et reviennent avec plaisir. Cet environnement chaleureux et ouvert, et cette interaction sont essentiels et peuvent faire la différence pour gagner de nouveaux clients et maintenir les relations existantes. Rentrer dans une galerie doit rester une expérience particulière, stimulante, mais avant tout agréable.

La qualité principale du collectionneur ?

Une sensibilité et un instinct puissants, et une vision souvent globale de sa collection rêvée. Il est curieux, sait ce qu’il veut, et quand il achète, c’est en général une évidence.

La qualité que vous préférez chez un artiste ? 

La passion et l’humilité.

Croyez-vous à la vente d’œuvres d’art en ligne ?

Bien que la vente physique soit à mon sens la meilleure façon d’appréhender une œuvre, la vente en ligne est totalement recevable dans un monde globalisé. C’est un complément nécessaire pour les acteurs du marché de l’art, et les outils technologiques dont nous disposons aujourd’hui nous aident à présenter les œuvres de la meilleure manière possible.

Quel est le rôle d’un musée d’art contemporain ? 

Nous faire réfléchir, nous faire voir différemment. A nouveau, cela doit être une expérience pour le visiteur, un lieu dans lequel le temps est suspendu. En revanche, l’ultra contemporain nécessite pour moi un temps de digestion avant d’intégrer une collection muséale ouverte au public.

Quelle est la tendance aujourd’hui sur le marché de l’art ? 

Sur le second marché, le surréalisme est à mon sens, et depuis plusieurs années, le courant le plus en vogue, et cette influence se retrouve aussi chez de nombreux artistes contemporains. Je comprends cet engouement car il reflète bien notre époque parfois absurde. Le surréalisme mélange également bien souvent l’humour et l’étrange, une sorte de voyage au-delà du réel, comme un exutoire nécessaire.

L’œuvre d’art est-elle un objet sacré ?

Je ne sais pas si le mot sacré est approprié car peut-être un peu trop fort, mais une œuvre d’art doit en tout cas être un objet de passion. Selon les sensibilités des uns et des autres, l’art doit émerveiller, apaiser, intriguer, mais il doit quoi qu’il en soit être respecté pour sa capacité à nous élever ou à nous faire réfléchir au monde qui nous entoure.

Quel est votre dernier coup de cœur ?

Il s’agit d’un artiste genevois, Philippe Jaccard, un autodidacte que l’art a sauvé de la dépression et qui nous rend souvent visite. Son travail repose sur des thématiques simples, notamment des autoportraits, mais dont les variations semblent infinies. C’est aussi un formidable coloriste. Ses œuvres rappellent tour à tour Egon Schiele, Francis Bacon, Edvard Munch, ou le belge Léon Spilliaert. Il est d’ailleurs représenté depuis peu par une galerie bruxelloise qui fait un travail formidable pour le faire reconnaître. 

Quelle est pour vous la ville la plus artistique ?

Par provocation, et au risque de froisser ma terre d’accueil…et ma belle-famille suisse, je dirais Paris ! En particulier pour la qualité de ses grandes expositions et rétrospectives. Mais je suis convaincu que Genève, dont la population est certes dix fois moindre, a une belle marge de progression en la matière, avec je le souhaite un jour, une structure pour de tels évènements. Il y a une demande, les collections privées locales sont exceptionnelles, et il me semble tout à fait réalisable de travailler main dans la main avec l’ensemble des musées et fondations du pays pour faire rayonner Genève, l’arc lémanique et la Suisse dans son ensemble. C’est dans l’intérêt de tous, et notamment du tourisme genevois. De la volonté, et un peu de diplomatie à mener j’en conviens, mais la politique, c’est l’art du possible !