Nikos Aliagas (détail)

Nikos Aliagas au Musée de l'Homme

Nafsika Guerry-Karamaounas
27 avril 2026

Nikos Aliagas photographie, capture des visages et met en lumière la vieillesse en tant que réalité biologique, démographique et sociale à travers une série de photographies émouvantes. 

Au Musée de l’Homme, sont exposées les photographies de Nikos Aliagas. 

Cette exposition est le fruit d’une rencontre avec Samuel Pavard, biodémographe et spécialiste du vieillissement au Museum. Elle met en lumière une série de portraits de femmes, d’hommes qui tous ont parcouru un long chemin de vie. Les images évoquent la traversée du temps. 

Michel Court 103 ans et Simone Court 98 ans ©Aliagas

La série est en noir et blanc, frontale. On y découvre les traits, les mains, les regards, empreints d’une émotion silencieuse. Celle d’une histoire — la leur, intime, irréductible — mais aussi celle que nous portons tous, en filigrane : une mémoire plus vaste la grande Histoire inscrite dans la chair - quasi archaïque.

©Aliagas

En cela, ces portraits rappellent les icônes des églises orthodoxes. Non pas des images figées, mais des présences. Des visages qui regardent autant qu’ils sont regardés. Une frontalité qui convoque le sacré, non dans une dimension religieuse, mais dans ce qu’elle a d’essentiel : l’attention, la dignité.

©Aliagas

 

« Une corneille bavarde vit neuf générations d’hommes âgés, mais la vie d’un cerf dure quatre fois celle d’une corneille, et celle d’un corbeau fait vieillir trois cerfs, tandis que le phénix survit à neuf corbeaux. » Hésiode

Et puis il y a ces phrases — fragments de voix, paroles suspendues — qui accompagnent la déambulation. Elles surgissent comme des échos, ouvrent des béances. Elles nous obligent à nous interroger : qu’est-ce que vieillir, au-delà du corps ? Qu’est-ce qui se transforme, qu’est-ce qui demeure ? Comment la vieillesse s’inscrit-elle — ou ne s’inscrit-elle plus — dans nos sociétés pressées, tendues vers l’oubli ?

©Aliagas

L’artiste répond sans jamais imposer. Il rend visible ce que nous préférons souvent tenir à distance. Ces visages que la société invisibilise, il les ramène au centre, dans une lumière sans artifice. 

he gypsy faerie queen ©Aliagas

La vieillesse, ici, n’est pas un déclin. Elle est une stratification de gestes, de pertes, de joies, de survivances. Elle est une mémoire vivante, une Bible silencieuse qui contient ce que nous avons été, ce que nous sommes encore, ce que nous transmettons sans toujours le savoir. 

Qui peut prétendre avancer sans regarder en arrière ? Sans interroger ces visages comme on interroge des arbres centenaires, leurs racines, leurs cicatrices, leurs saisons ?

Dans ces regards, il n’y a pas de réponse définitive. Seulement une invitation — à ralentir, à reconnaître. À se souvenir que vieillir est peut-être, avant tout, une manière d’habiter le temps.

 

« Photographier (une personne âgée), c'est lui dire : "Tu as encore ta place" ». Nikos Aliagas

Jeunesse éternelle

 

Commissariat scientifique

  • Samuel Pavard, professeur au Muséum et chercheur associé à l’Institut national d’études démographiques (INED), au sein de l’unité « Mortalité, santé, épidémiologie ».

Commissariat muséographique

  • Aurélie Clemente-Ruiz, directrice du Musée de l'Homme ;
  • Nala Aloudat, responsable du pôle des expositions au Musée de l'Homme ;
  • Lizeth Broussard, chargée de conception et de production d'expositions.

 

Pratique : 

Exposition :  Les grands âges - Nikos Aliagas

du 8 avril 2026 au 3 janvier 2027 au Foyer Germaine Tillion - Musée de l'Homme

Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 11 h à 19 h.
Dernière entrée à 18 h 15.

Musée de l'Homme
17 place du Trocadéro
75016 Paris